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Datacenters : le moratoire édulcoré de l’État de New York

17 juillet 2026 à 11:44

Un « grand datacenter », c’est à partir de quelle puissance électrique ?

Dans son Responsible Data Center Development Act, adopté début juin, le Parlement de l’État de New York avait fixé le seuil à 20 MW.

La gouverneure en a décidé autrement. Elle a signé, cette semaine, un décret qui repousse la limite à 50 MW.

Un moratoire d’un an… maximum

Le décret impose, entre autres, un moratoire temporaire sur ces « grands datacenters ». Dans cet intervalle, le Département de la préservation de l’environnement n’examinera pas les demandes d’autorisation relatives à des constructions ou à des extensions… à moins qu’elles n’aient été déclarées complètes avant la signature du décret*.

Le Parlement avait voté une durée fixe d’un an. Le décret en fait une durée maximale : le moratoire pourra prendre fin par avant. La condition : l’élaboration, par le Département des services publics, d’une « déclaration générique d’impact sur l’environnement ». Elle doit garantir que les datacenters soient soumis à des normes uniformes.

Pas de classe de services distincte pour les grands datacenters

Le Parlement avait soutenu l’idée d’un rapport plus exhaustif à la charge du Département de la préservation environnementale. Il aurait dû être produit sous 18 mois, avec au moins 120 jours de consultation publique. Il devait inclure des indicateurs et des projections sur, notamment :

  • Nombre de datacenters implantés dans l’État
  • Occupation des sols
  • Consommation d’eau et d’électricité
  • Pollution et production de déchets électroniques
  • Impact sur les communautés défavorisées (dont les nations indigènes implantées dans un rayon de 10 miles)
  • Financements publics obtenus

Autre élément non repris dans le décret : l’obligation, pour les compagnies de distribution d’eau, de gaz et d’électricité ainsi que pour les municipalités, de créer un classe de services distincte pour les grands datacenters. La démarche devait favoriser l’isolation – et l’attribution – des coûts qu’ils engendrent.

La gouverneure n’a pas non plus repris la disposition qui imposait aux datacenters de 5 MW et plus un ratio minimal d’énergies renouvelables (2/3 pour la période 2025-2029, en particulier).

Les datacenters, appelés à subventionner le prix de l’énergie

Le Parlement avait voté l’exemption des datacenters associés à la recherche publique. Le décret la confirme. Il l’élargit même. En l’occurrence, aux installations principalement utilisées à des fins de fabrication, d’enseignement ou de fourniture de soins médicaux.

Autre nouveauté du décret : il ouvre la voie à un « cadre d’investissement communautaire ». L’Empire State Development (agence de développement économique) a 60 jours pour l’élaborer. Il est censé aider les collectivités locales à obtenir des retombées économiques. Parmi les orientations envisagées, la création d’un fonds d’investissement alimenté par des contributions des promoteurs ou des exploitants de datacenters. Ses ressources pourront aider à « maintenir un coût abordable de l’énergie » et à améliorer des services publics (on nous cite la garde d’enfants et les programmes d’enseignement de la maternelle à la fin du secondaire). Il est également question de mécanismes garantissant aux organisations syndicales une place à la table des négociations.

À l’instar de la Région Île-de-France, qui a récemment adopté une stratégie d’encadrement des implantations de datacenters, l’État de New York estime que ce n’est pas aux contribuables d’assumer le coût des améliorations du réseau électrique. Dans cet esprit, le décret propose de créer un « fonds d’accélération du réseau électrique de l’État ». Abondé par les datacenters,  il financerait la modernisation de ce réseau et l’acquisition de nouvelles capacités de production d’énergie propre.

La gouverneure dit prévoir également une loi supprimant les exonérations de taxe sur les ventes pour les datacenters hyperscale.

Un premier moratoire avorté dans le Maine

À mai 2026, les demandes de raccordement en attente dans l’État de New York avoisinaient 12 GW. Dont plus de 8 GW enregistrés en 2025.

Au-delà de la compromission de ses objectifs en matière d’énergie propre, l’État constate l’inadéquation de son cadre réglementaire, tout particulièrement pour faire face aux besoins des datacenters en matière de prélèvement et de traitement de l’eau.

Le Parlement du Maine – voisin de l’État de New York – avait été le premier aux États-Unis à voter un moratoire sur les datacenters. C’était au mois d’avril. Il devait s’appliquer jusqu’en octobre 2027, pour les installations de plus de 20 MW. La gouverneure démocrate a cependant mis son veto, faute d’avoir obtenu une exemption pour un site en cours de construction présenté comme « largement soutenu [par sa] région d’accueil ».

* Le moratoire ne s’applique pas aux autorisations que délivrent les collectivités locales.

Illustration générée par IA

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Qu’est-ce qui fait des centres de données l’un des environnements les plus sensibles en matière de sécurité

Par : 3DVF
12 mai 2026 à 10:00
En partenariat avec Ajax À l’ère du numérique, et particulièrement dans l’industrie haut de gamme du graphisme et des effets visuels (VFX), les données constituent l’actif le plus précieux. Qu’il s’agisse des images brutes d’un film, d’algorithmes de rendu propriétaires ou de vastes bibliothèques d’actifs, ces données sont hébergées dans des centres de données. Ces […]

Datacenters : la mesure d’impact environnemental se heurte au secret commercial

20 avril 2026 à 18:48

Les Big Tech ont fait modifier la législation de l’UE pour empêcher que soient divulguées au public des informations critiques sur l’impact environnemental des datacenters.

Tel est, dans les grandes lignes, le propos d’Investigate Europe. Le collectif, – dont Arte et Mediapart, entre autres, sont partenaires – suggère, à l’appui des témoignages d’une dizaine de juristes, que les modifications en question pourraient violer des textes fondamentaux. À commencer par la Convention d’Aarhus, qui tend à favoriser le droit d’accès à l’information en matière d’environnement.

Le secret commercial, explicite dans la directive efficacité énergétique…

Les dispositions problématiques sont inscrites dans un acte délégué de mars 2024, pris dans la continuité de la directive relative à l’efficacité énergétique. Cette dernière, entrée en vigueur en septembre 2023, avait ouvert la voie à un système commun de notation de la durabilité des datacenters dans l’UE. Elle impose aux propriétaires et aux exploitants de datacenters d’au moins 500 kW de publier des données concernant la performance énergétique, l’empreinte hydrique et la flexibilité de la demande. En l’occurrence, au minimum :

  • Nom du datacenter, du propriétaire et des exploitants, commune d’implantation, date de début d’activité
  • Superficie au sol, puissance installée, volume annuel de données entrantes et sortantes, volume de données stockées et traitées

La directive établit une centralisation de ces infos dans une base de données européenne, puis leur mise à disposition du public à un niveau agrégé (UE et États membres). Elle pose une exception pour celles soumises à la protection des secrets commerciaux et des secrets d’affaires ainsi que de la confidentialité.

… mais véritablement consacré dans un acte délégué

L’acte délégué a précisé les KPI à communiquer. Parmi eux :

  • Niveau de redondance des infras électrique et de refroidissement
  • Consommation d’énergie des équipements informatiques et surface occupée
  • Capacité moyenne des batteries
  • Apport total d’eau potable
  • Température de consigne moyenne de l’air d’admission des équipements informatiques
  • Types de réfrigérants
  • Consommation totale d’énergie renouvelable
  • Bande passante et trafic de données entrants et sortants

L’acte précise les éléments à rendre publics au niveau agrégé. À savoir la consommation d’énergie, la capacité informatique installée, l’utilisation d’eau et 4 indicateurs : PUE, WUE, ERF (réutilisation de l’énergie) et REF (taux d’énergies renouvelables).

Le texte introduit, en son article 5, la fameuse clause imputée aux Big Tech. Elle impose à la Commission européenne et aux États membres concernés de préserver la confidentialité de toutes les informations transmises à la base de données. Motif : il s’agit d’informations confidentielles portant atteint aux intérêts commerciaux des exploitants et des propriétaires de datacenters.

Référence est faite à deux textes. D’une part, le règlement de 2001 sur l’accès public aux documents du Parlement européen, du Conseil et de la Commission. De l’autre, la directive de 2003 relative à l’accès du public à l’information en matière d’environnement. L’un et l’autre permettent, respectivement aux institutions de l’UE et aux États membres, de refuser l’accès à un document si sa divulgation porte atteinte à la protection d’intérêts commerciaux.

C’est précisément ce que le lobby DigitalEurope avait invoqué dans le cadre de la consultation publique sur cet acte délégué. Microsoft en avait fait autant, brandissant les risques que posait le mécanisme envisagé. En particulier, l’obtention de données confidentielles par des concurrents et des ONG au nom des deux textes susmentionnés. Bruxelles a repris leurs suggestions presque mot pour mot.

L’argument de la sécurité informatique

Microsoft affirmait que des données brutes telles que la consommation électrique et le trafic de données étaient susceptibles de guider les concurrents dans leurs investissements. Il avançait aussi l’argument de la sécurité informatique. La bande passante, par exemple, peut indiquer à des attaquants le volume de trafic nécessaire pour perturber un datacenter. Tandis qu’une trop forte granularité des flux de données facilite l’évaluation de l’impact des attaques.

DigitalEurope & Cie appelaient à protéger la confidentialité de ces informations au niveau de l’UE. Et non pas à laisser cet aspect aux législations nationales, a fortiori vu le « manque de clarté » à ce sujet. Ils plaidaient aussi pour une suppression de ces données une fois agrégées. Et pour l’exclusion de certains éléments qui n’avaient pas été abordés lors de la phase de préfiguration en 2023 (capacité moyenne des batteries, types de réfrigérants, données entrantes et sortantes…). Tout en demandant des clarifications pour les opérateurs de colocation : comment allaient-ils assurer la confidentialité des données clients, surtout s’ils étaient aussi cloud providers ? Une des solutions proposées consistait à développer une interface spécifique sur la base de données de l’UE. Elle aurait permis aux opérateurs de créer un profil par datacenter, puis de permettre à leurs clients de fournir leurs propres informations.

D’après Investigate Europe, Bruxelles est d’avis que peu importe leurs obligations, les exploitants arrêteraient de communiquer des données s’il fallait les publier datacenter par datacenter.

Illustration générée par IA

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Datacenters de proximité : une opportunité pour garantir la souveraineté des données en France

La souveraineté numérique française se construit aussi dans les infrastructures. Or aujourd’hui, une part significative des données sensibles et stratégiques de nos entreprises et de nos services publics est hébergée dans des environnements soumis pour certains à des législations extraterritoriales.

Par ailleurs, 63 % des collectivités hébergent encore leurs données en interne, souvent dans des infrastructures fragilisées par leur vétusté. Elles en supportent non seulement les coûts d’exploitation et de maintenance, mais également les exigences réglementaires croissantes en matière de sécurité et de conformité.

Ce paradoxe révèle une fragilité structurelle : entre dépendance à des acteurs étrangers et infrastructures locales insuffisamment modernisées, la maîtrise de nos données demeure incertaine. Les datacenters sont des piliers pour la transition numérique des territoires.

Ils sont devenus des infrastructures critiques, au même titre que l’énergie ou les transports. Pourtant, le débat public ne cesse de les placer au second rang, une position qui nuit à la résilience économique et territoriale.

Le datacenter de proximité : un modèle efficace, souverain et adapté aux besoins des organisations

Les datacenters de proximité sont des infrastructures ancrées localement, dimensionnées pour répondre à des besoins spécifiques et pleinement intégrés dans l’écosystème numérique des territoires.

Les organisations se dirigent de plus en plus vers des offres hybrides, adaptées aux usages : un hébergement de proximité, dans un lieu identifié et maîtrisé, à coûts optimisés ; et le recours au cloud pour les services courants.

L’identification claire d’un hébergement des données, sous contrôle européen, apporte une meilleure maîtrise du cadre juridique et des responsabilités et acteurs associés. Il s’agit d’un enjeu clé pour les acteurs publics et les organisations qui détiennent et traitent des données sensibles, dont celle des usagers, au quotidien.

Dans ce cadre, les datacenters de proximité assurent un contrôle renforcé de l’infrastructure à l’exploitation, et constituent une protection concrète face aux réglementations extraterritoriales et aux dépendances liées à certains services numériques étrangers.

Sur le plan environnemental, les datacenters de proximité offrent des opportunités supplémentaires telle qu’une meilleure intégration dans le maillage territorial et donc favorisent la récupération de chaleur fatale pour des projets portés par les collectivités. Par ailleurs, ils répartissent la consommation des ressources (eau, énergie) du territoire et se distinguent des méga datacenters qui concentrent une forte consommation en un point du territoire et peuvent provoquer des conflits d’usage.

Enfin, ils renforcent l’attractivité économique des territoires en créant des infrastructures numériques locales, support d’écosystèmes d’innovation et des emplois qualifiés associés.

Une opportunité stratégique pour les acteurs publics et privés

Le secteur public a l’opportunité de pouvoir mutualiser des infrastructures, notamment pour l’hébergement des données sensibles, de manière à proposer aux plus petites organisations une alternative aux offres extra-européennes.

En effet, ces acteurs peuvent rencontrer des difficultés à s’orienter dans la profusion des offres disponibles, à disposer d’un poids dans les négociations contractuelles et tarifaires et se voient imposer les législations applicables à leurs données. La mutualisation auprès d’un acteur de confiance permet ainsi aux collectivités et aux entreprises d’avoir une offre locale, fiable et à coûts maîtrisés.

Il existe alors plusieurs montages possibles en fonction des spécificités territoriales. Le Guide du Datacenter de Proximité en recense plusieurs. Les partenariats public-privé jouent un rôle déterminant pour sécuriser les investissements, pour garantir la pérennité des infrastructures, qu’il s’agisse de co-construction, de co-financement, de délégation dans l’exploitation-maintenance des projets.

Les datacenters de proximité sont des composantes structurantes des politiques publiques locales, aujourd’hui. Une vision équilibrée entre solution de confiance : cloud centralisé, edge computing et infrastructures de proximité doit être promue, afin de bâtir une offre numérique souveraine, plus robuste et plus durable.

Enfin, le maintien de l’autonomie économique et de la souveraineté numérique des territoires repose sur un maillage territorial cohérent, soutenu conjointement par les entreprises, les collectivités territoriales, les opérateurs et l’État, garantissant résilience et performance.

*Ilham Djehaich est Présidente d’InfraNum
*Antoine Fournier est Président de Thésée Datacenter

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