L’Égypte ciblée par une vague de fuites massives
Dans la série, "Il n'y a pas que chez nous que la police fait mal son travail", aujourd'hui, je vous emmène rire avec la police canadienne qui a fait une boulette, mais alors comme jamais j'en ai vu. Et cela bien sûr avec la complicité de la justice, parce que sinon ce serait pas drôle.
En fait, il y a un Canadien qui vient de passer 18 mois en taule pour pédopornographie sur la messagerie Kik. À l'origine, le suspect dans cette affaire avait le nom d'utilisateur "fus__ro_dah".
Fus Ro Dah ça vient de The Elder Scrolls V: Skyrim, et ça désigne le cri Unrelenting Force. Ce sont 3 mots de langage draconique : Fus pour la force, Ro pour l'équilibre, Dah pour la poussée et le joueur les hurle pour projeter ses adversaires à l'autre bout de la salle. Fin de ma parenthèse gaming ^^.
Ceux parmi vous qui ont eu la moyenne au brevet des collèges auront remarqué que dans ce pseudo, il y a 3 underscores. Les boomers appellent ça le "tiret du bas", si jamais vous ne savez pas de quoi je parle. Et pas de bol, notre Canadien qui s'appelle Brandon Klayme s'est fait arrêter en 2020 parce qu'il avait le même pseudo.
Enfin, pas tout à fait... Lui, il n'avait que deux underscores dans son pseudo "fus_ro_dah". Alors certes, la police du Wisconsin avait bien relevé "fus__ro_dah" dans les 125 messages extraits du téléphone de la victime, mais la demande envoyée à Kik pour obtenir les données du compte, elle, portait sur "fus_ro_dah". Kik a donc répondu avec l'adresse mail rattachée à ce compte-là, et le reste s'est enchaîné tout seul... Google pour l'adresse IP, Bell Aliant pour l'adresse postale, puis la police de Halifax pour la perquisition.
Donc évidemment, tout ce qui a été collecté en ligne, comme preuve pour l'inculpé, ne lui était absolument pas rattaché. Mais cela n'a pas empêché la justice de le reconnaître coupable en avril 2023 et à le condamner à 18 mois de prison, suivi de 18 mois de probation. Le gars, évidemment, a toujours clamé son innocence, mais peu importe, on sait comment ça marche. Pendant plusieurs jours au tribunal, les procureurs ont passé en revue des tas de preuves contre lui et il a fini par être condamné malgré le fait qu'ils n'aient rien trouvé sur ses appareils électroniques. Une fois encore, la justice fait bien son travail ^^.
Bref, ce petit _ en trop est passé totalement inaperçu...
Jusqu'à ce que les avocats qui travaillent sur son dossier se rendent compte de cette subtile erreur. Alors le 23 juillet, la Cour d'appel de la Nouvelle-Écosse ne s'est pas contentée d'annuler la condamnation. Son jugement prend soin de préciser que ce n'est ni un vice de procédure ni un acquittement au bénéfice du doute et heureusement. Ils reconnaissent que Klayme est "factuellement innocent". Quant au titulaire du compte aux deux underscores, un dénommé Jay, son adresse IP pointe vers la Californie...
Et voilà comment à cause d'un gars qui ne sait pas faire un copier-coller, un gamer Skyrim innocent a passé 18 mois en taule. Évidemment, il a été "décondamné", circulez y'a plus rien à voir.


Bon, vous le savez, l'Europe tient absolument à savoir votre âge, avant de vous laisser scroller librement sur le net. Alors pour cela, ils ont mis au point une application qui permet de prouver votre âge et qui nous est proposée comme simple à utiliser et respectueuse de notre vie privée.
Mais ça c'était sans compter sur Paul Moore , chercheur en sécurité, qui vient à nouveau de l'éclater à l'aide d'une simple extension Chrome...
Mais reprenons depuis le début, parce que cette appli, c'est le modèle de référence de la Commission européenne pour vérifier qu'un internaute a bien plus de 18 ans, sans avoir à dévoiler qui il est. Développée par un consortium germano-suédois, elle est actuellement en test dans cinq pays dont la France, et vise aujourd'hui surtout le contenu adulte / porno et les jeux d'argent.
Ce 13 juillet, notre bien-aimée Ursula von der Leyen a même annoncé vouloir réutiliser cette infrastructure pour barrer l'accès des plus jeunes aux réseaux sociaux, avec une loi attendue après l'été et un âge minimum autour de 13 ans. "Les réseaux sociaux ne sont pas un jouet", comme elle l'explique !
Et pour arriver à cela, rassurez-vous, l'UE ne va pas stocker la carte d'identité de chaque Européen puisque le principe de ce système de contrôle, c'est de prouver l'âge sans transmettre l'identité.
Enfin, en théorie...
Parce qu'en pratique, c'est un peu la fête du slip ! Déjà il y a le dépôt Github officiel qui prévient tout le monde que c'est une implémentation de référence et absolument pas un truc à déployer en production. Donc en gros démerdez-vous !
Et ensuite, cette application est censée présenter une preuve d'âge à un vérificateur sans avoir à balancer notre identité. Alors ce qu'a fait Paul Moore, c'est qu'il a fabriqué cette preuve directement à partir d'une extension Chrome, et la présenter au vérificateur officiel de la démo. Et comme vous vous en doutez, celui-ci l'a validée comme si de rien n'était
Ça a l'air tellement simple !
En même temps, vu que la clé crypto, c'est une simple clé logicielle P-256 et pas une clé qui est enfermée dans le coffre matériel du téléphone, eh bien c'est assez facile à déjouer. Il n'y a pas besoin de scanner son passeport ou sa carte d'identité, il n'y a aucune reconnaissance faciale, ni aucune attestation matérielle façon Play Integrity pour prouver que ça tourne sur du vrai matos et (rigolez pas) la même preuve peut être rejouée en boucle encore et encore !! Une preuve d'âge peut donc servir 2 fois de suite.
Et puis cette preuve d'identité, elle est à 100% sous le contrôle du client. Donc en gros c'est à l'application installée sur votre téléphone qu'on demande de ne pas tricher. Mais lol.
Pour Moore qui a mis au point ce hack, il n'y aurait aucun patch qui pourrait régler ça. C'est vraiment l'architecture qui est foireuse. Et comme tout repose sur la bonne foi de l'application, eh bien c'est foutu. N'importe qui détourne l'application ou forge sa propre app peut faire croire au vérificateur qu'il a plus de 18 ans.
Pour boucher ce trou, l'Europe dispose de deux pistes : Soit passer par une attestation matérielle en béton, comme celle que Google verrouille via Play Integrity, ce qui recale au passage les gens sous GrapheneOS, Linux et compagnie, ou alors faire de la vraie crypto à divulgation nulle, prévue pourtant dans la spec mais pas branchée dans cette version.
Ce qui est rigolo, c'est que Moore a expliqué sur X avoir codé son proof of concept avec une IA en quelques minutes. Et on n'oublie pas non plus que Bruxelles veut interdire les réseaux sociaux avant 13 ans et a fait passer Chat Control pour scanner nos messages.... Je trouve que ça fait beaucoup de "contrôle" qu'on essaye de déguiser en "protection".
En attendant, ils sont bien ridicules avec leur application de validation d'âge en mousse.
