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Aujourd’hui — 16 septembre 2026Flux principal

Cryptomonnaies et CLARITY Act : Les 3 priorités de la SEC n’attendront pas le Congrès

Par : Magali
15 septembre 2026 à 17:00

Le Congrès temporise, la SEC écrit. Paul Atkins a redit son appui au CLARITY Act, le texte censé répartir une bonne fois pour toutes les compétences entre le gendarme boursier américain et la CFTC, le régulateur des marchés de matières premières. Le président de la SEC a aussitôt prévenu que son agence poursuivrait son propre chantier réglementaire, loi ou pas loi.

Trois dossiers en forment l’ossature : l’émission de crypto-actifs, la modernisation des transfer agents et la conservation des actifs numériques.

Mise à jour 15/09, 21h30 : Le vote a eu lieu. La motion de cloture a échoué au Sénat, loin des 60 voix requises, et le Bitcoin est passé sous les 75 000 $. Lire notre article complet : Clarity Act : le Sénat fait capoter le vote, le Bitcoin casse les 75 000 dollars

Points clés

  • Paul Atkins appuie le CLARITY Act, bloqué au Sénat depuis son adoption par la Chambre à 294 voix contre 134
  • La SEC avancera sans loi sur trois fronts : émission de crypto-actifs, transfer agents et conservation
  • Le cadre des transfer agents, inchangé depuis les années 1970, pourrait autoriser la tenue de registre sur blockchain
  • L’harmonisation SEC-CFTC a déjà permis les ETF spot Solana, XRP et Dogecoin via les standards de cotation génériques

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CLARITY Act : la SEC soutient le texte, le Sénat le fait patienter

Adopté par la Chambre des représentants à 294 voix contre 134, dont 78 démocrates, le Digital Asset Market Clarity Act devait clore une décennie de guerre de tranchées entre régulateurs.

Son principe tient en une ligne de partage : la CFTC récupère les crypto-actifs suffisamment décentralisés pour être traités comme des matières premières numériques, la SEC garde les levées de fonds et les tokens encore adossés aux promesses d’une équipe. Le Sénat a multiplié les moutures de travail depuis, sans jamais inscrire le texte à l’ordre du jour d’un vote en séance.

Atkins plaide pour la voie législative parce qu’un règlement se défait aussi vite qu’il s’écrit. Le passage de témoin entre Gary Gensler et l’équipe actuelle a suffi à renverser la doctrine de l’agence en quelques mois, des poursuites tous azimuts à l’abandon des procédures visant Coinbase, Kraken et Ripple. Sans texte voté par le Congrès, une future présidence de la SEC pourrait refaire le chemin en sens inverse avec la même facilité.

« La plupart des crypto-actifs ne sont pas des titres financiers. »

Paul Atkins, président de la SEC

Cette phrase, prononcée au lancement de Project Crypto, sert désormais de socle doctrinal à l’ensemble des travaux de l’agence. Elle inverse la présomption qui prévalait sous l’administration précédente, quand chaque token était réputé titre financier jusqu’à preuve du contraire.

Crypto : émission, transfer agents et conservation, les trois chantiers de la SEC

Le premier chantier porte sur l’émission de crypto-actifs. La SEC travaille à une taxonomie et à un régime d’offre taillé pour les tokens, au lieu de continuer à les faire entrer au chausse-pied dans des exemptions pensées pour des actions d’entreprises. Une exemption dite d’innovation permettrait de lancer un protocole sous conditions, avec des obligations d’information adaptées et une sortie du statut de titre financier une fois le réseau devenu autonome.

Deuxième chantier, les transfer agents. Ces prestataires tiennent le registre des détenteurs de titres, versent les dividendes et enregistrent les transferts de propriété. Leur cadre réglementaire n’a quasiment pas bougé depuis les années 1970, quand les registres étaient encore des livres de papier et des bandes magnétiques. Autoriser explicitement la tenue de registre sur blockchain ouvrirait la voie à des actions tokenisées dont le carnet d’actionnaires vivrait directement sur une chaîne publique, avec un règlement-livraison en quelques secondes plutôt qu’en un jour ouvré.

La conservation ferme le triptyque. L’agence a retiré le projet de règle Safeguarding hérité de l’ère Gensler, qui aurait imposé aux gérants d’actifs des exigences difficilement compatibles avec l’autoconservation. Le texte de remplacement reste à écrire, et les questions sont massives : quels établissements peuvent être reconnus comme dépositaires qualifiés, à quelles conditions un gérant peut détenir lui-même les clés privées de ses clients, comment traiter les actifs mis en staking ou déposés dans des protocoles DeFi.

Une SEC désormais alignée sur la CFTC

Les deux régulateurs ont engagé un travail d’harmonisation qui produit déjà des effets concrets, à commencer par l’autorisation donnée aux places de marché enregistrées de proposer des produits crypto au comptant. L’arrivée de Mike Selig à la tête de la CFTC a resserré encore l’étau administratif : l’ancien conseiller juridique en chef de la Crypto Task Force de la SEC connaît de l’intérieur les dossiers qu’il doit désormais traiter depuis l’autre rive.

Les standards de cotation génériques adoptés à l’automne 2025 donnent la mesure de ce que peut faire une agence sans attendre le Congrès : en supprimant l’examen au cas par cas de chaque demande d’approbation déposée par les Bourses, ils ont ouvert la voie aux ETF spot Solana, XRP, Dogecoin et Litecoin en quelques semaines. Émission, registres et conservation suivent la même mécanique, celle de l’agenda réglementaire de la SEC, qui n’a jamais eu besoin d’un vote du Sénat pour avancer.

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Hier — 15 septembre 2026Flux principal

IA et extinction de l’humanité : le danger à 2 000 milliards de dollars ?

Par : Magali
15 septembre 2026 à 06:00

Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. Rabelais ne croyait pas si bien dire, cinq siècles avant l’arrivée de l’intelligence artificielle. Sam Altman, Geoffrey Hinton, Barack Obama, l’ONU et même Vitalik Buterin s’alarment tous, sur le papier, du même danger. Celui d’une intelligence artificielle qui échapperait à tout contrôle. Sauf que dès qu’on gratte, plus personne ne parle de la même chose. L’un redoute l’extinction de l’espèce humaine. L’autre la disparition de millions d’emplois, la concentration du pouvoir dans trois entreprises américaines. Ou simplement que son voisin chinois prenne trop d’avance. Un même mot, alerte, recouvre trois logiques qui n’ont presque rien en commun, sinon le vocabulaire qu’elles empruntent.

Les points clés de cet article :
  • Plusieurs figures influentes, dont Sam Altman et Geoffrey Hinton, ont exprimé leur inquiétude face à l’éventualité d’une intelligence artificielle échappant au contrôle humain.
  • Un débat persistant oppose ceux qui craignent l’extinction de l’espèce humaine à cause de l’IA et ceux qui se préoccupent des conséquences immédiates sur l’emploi et les biais algorithmiques.

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Extinction ou emplois détruits : l’intelligence artificielle ne fait pas peur pour les mêmes raisons

En mars 2023, le Center for AI Safety, institut de recherche californien. Il fait signer une phrase unique à plus de 350 dirigeants et chercheurs. Elle érige la lutte contre le risque d’extinction lié à l’IA au rang de priorité mondiale. Même niveau que les pandémies ou la guerre nucléaire.

Parmi les signataires, Sam Altman, Demis Hassabis et Dario Amodei. Ces trois patrons dirigent justement les laboratoires les plus avancés du secteur, à savoir respectivement OpenAI, Google DeepMind et Anthropic. Geoffrey Hinton et Yoshua Bengio, qui ont posé les bases du deep learning il y a vingt ans, signent aussi.

Deux ans et demi plus tard. En octobre 2025, le Future of Life Institute pousse le curseur plus loin avec son Statement on Superintelligence. Et là, encore une fois, plus de 800 signatures, dont celles de Steve Wozniak, de Richard Branson et du prince Harry. Ils réclament une interdiction du développement d’une superintelligence tant qu’un consensus scientifique et une acceptation publique ne garantissent pas sa sécurité. Bengio est encore de la partie.

À côté de ces deux textes, une autre famille de chercheurs travaille depuis des années sur un tout autre registre. Celui des biais algorithmiques dans le recrutement ou la justice prédictive. Il s’agit aussi de la précarisation de métiers entiers, et de la poignée d’entreprises américaines qui concentrent la puissance de calcul mondiale. Pour ce camp, souvent regroupé sous l’étiquette de l’éthique de l’IA, parler d’extinction humaine détourne l’attention de dégâts déjà mesurables, ceux qui touchent des travailleurs précis, aujourd’hui, pas une humanité abstraite dans cinquante ans. Les deux camps utilisent le mot risque, mais ils ne parlent pas du même risque.

Altman et Musk : le pompier pyromane

Reprenons nos bonnes âmes signataires. Sam Altman signe le texte du Center for AI Safety en mai 2023. La même année, OpenAI lève 10 milliards de dollars auprès de Microsoft et entame la course au modèle le plus puissant du marché.

En 2026, l’entreprise dépose son dossier d’entrée en bourse sans jamais lever le pied sur la course à la puissance de calcul. Or, justement lorsque nous écrivons cet article, elle annonce ce matin même faire marche arrière pour cette année. Alerter sur l’extinction de l’espèce et courir après la prochaine levée de fonds force cette ambiguïté.

Elon Musk n’est pas en reste. En mars 2023, il cosigne aussi la lettre du Future of Life Institute. Elle réclame une pause de six mois sur l’entraînement des modèles les plus puissants. Quatre mois plus tard, xAI voit le jour. Grok, son modèle, tourne aujourd’hui sur l’un des plus gros clusters de calcul jamais assemblés. La pause, personne ne l’a jamais appliquée.

Chez Anthropic, Dario Amodei publie régulièrement des textes qui détaillent, chiffres à l’appui. Il y détaille les scénarios dans lesquels un modèle frontière pourrait échapper au contrôle de ses créateurs. Au même moment, Anthropic vise une valorisation record pour son introduction en bourse. Et l’entreprise a remporté un bras de fer très commenté face au Pentagone sur l’usage militaire de ses propres modèles.

On serait presque tenté d’y voir un remake du Projet Manhattan. Les physiciens qui avaient construit la bombe furent aussi les premiers. Une fois Hiroshima et Nagasaki rayées de la carte, ils réclament un contrôle international de l’arme qu’ils venaient de livrer. La comparaison a ses limites. Oppenheimer n’a jamais négocié une part de royalties sur le plutonium. Les trois patrons de l’IA alertent tout en actionnant, chaque trimestre, une machine à lever des capitaux.

We Must Pace the Frontier: I’ve written a new essay on why the AI industry should slow down, with a three-part plan for doing so.

Anthropic is unilaterally committing to the first of these steps. We’ll provide third-party evaluators with permanent, employee-level access to our…

— Dario Amodei (@DarioAmodei) September 12, 2026

« Nous devons repousser les limites : j’ai rédigé un nouvel essai expliquant pourquoi l’industrie de l’IA devrait ralentir, et proposant un plan en trois points pour y parvenir. Anthropic s’engage unilatéralement à mettre en œuvre la première de ces étapes. Nous accorderons à des évaluateurs tiers un accès permanent, équivalent à celui de nos employés, à nos systèmes. Ils pourront ainsi vérifier le respect de nos mesures de sécurité, signaler les incidents et évaluer la cohérence des modèles pendant leur entraînement. »

Dario Amodei

Obama, Trump, Pékin : la course à l’intelligence artificielle déguisée en cadre de sécurité

Face à cette course interminable le politique s’en mêle. Barack Obama presse les démocrates américains de se doter d’un plan clair sur l’IA. Il appelle aussi, selon le New York Times, à une forme de prudence face à la vitesse du déploiement des modèles. La sortie tombe alors que l’administration Trump pousse dans le sens exactement inverse. Un décret présidentiel vise à empêcher chaque État américain de légiférer de son côté sur l’IA, au nom d’un unique cadre fédéral, plus permissif. Un précédent décret de Trump promettait déjà de marier sécurité et innovation. Dans les faits, le curseur penche nettement vers la seconde option.

Côté chinois, le discours officiel emprunte le même vocabulaire qu’Obama ou que le Future of Life Institute. Lors du sommet mondial sur l’IA de Shanghai en 2026, Pékin signe une déclaration en faveur d’une gouvernance mondiale coordonnée du secteur. Dans le même temps, une entreprise chinoise est accusée d’avoir pillé les modèles d’Anthropic pour rattraper son retard, ce qui a valu une riposte de Washington. La coopération affichée et la course technologique réelle avancent sur deux rails qui ne se croisent jamais.

L’Union européenne a choisi la voie inverse, contraindre par la loi avec l’AI Act, entré en application par étapes depuis 2024. Bruxelles régule pourtant un marché où elle ne possède ni les modèles ni les centres de données les plus puissants. Washington et Pékin financent l’IA. L’Europe la commente.

Miroir, mon beau miroir, qui est la plus belle IA ?

En juillet 2026, la Commission fédérale des communications (FCC) autorise Reflect Orbital. Cette start-up américaine va tester un miroir géant en orbite basse. Il est capable de renvoyer la lumière du soleil vers un point précis de la Terre, la nuit. L’objectif affiché est de vendre du soleil à la demande à des exploitants agricoles ou à des chantiers qui veulent prolonger leurs journées de travail. Des astronomes, des biologistes et plusieurs associations de défense du ciel nocturne alertent depuis des mois. Ils redoutent la pollution lumineuse que provoquerait un déploiement à grande échelle. Ils pointent aussi la perturbation des cycles de sommeil de la faune, et les images d’observatoires qui deviendraient inutilisables. La CBC a documenté les zones d’ombre juridiques du dossier. Aucune loi internationale ne régit vraiment qui a le droit de modifier la nuit d’un pays voisin depuis l’espace. La FCC a validé le projet quand même.

Rien à voir avec un modèle de langage, en apparence. Le même mécanisme est pourtant à l’œuvre des deux côtés. Une communauté scientifique alerte, documente, chiffre le risque. Une entité privée, soutenue par un régulateur qui a le dernier mot, avance malgré tout, parce qu’elle en a la capacité technique et le financement. L’alerte n’a jamais été le problème. Le problème, c’est que personne, ni les 800 signataires du Future of Life Institute, ni les chercheurs du Center for AI Safety, ni Barack Obama, n’a le pouvoir de dire stop à ceux qui décident d’appuyer sur le bouton.

Reflect Orbital et l’IA : le même mécanisme de pouvoir

C’est là que la comparaison avec Reflect Orbital devient plus utile que n’importe quel parallèle avec la bombe atomique. Un miroir en orbite et un modèle de fondation à plusieurs centaines de milliards de paramètres n’ont, sur le papier, rien en commun. Ils partagent pourtant la même structure de décision. Une poignée d’acteurs privés, un régulateur qui les autorise plus souvent qu’il ne les freine. Cette masse de textes d’alerte qui s’accumulent sans jamais peser sur le calendrier de déploiement. La FCC a mis quelques mois à trancher sur Reflect Orbital. Cela fait trois ans que les mêmes textes circulent sur l’IA, sans qu’aucun laboratoire n’ait ralenti d’un cran sa feuille de route.

L’ONU a elle-même reconnu, dans un rapport publié cette année, que l’IA pourrait provoquer des dommages catastrophiques si aucun mécanisme de contrôle contraignant ne voit le jour d’ici la fin de la décennie. Le texte n’a aucune valeur légale. Aucun État n’est tenu de l’appliquer.

Reflect Orbital doit lancer son premier miroir test avant la fin de l’année. Les laboratoires d’IA ont déjà programmé leurs prochains modèles pour 2027. Les textes d’alerte, eux, continueront de s’accumuler sur des bureaux de gens qui n’ont jamais eu le pouvoir de les faire appliquer.

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Bitcoin : Strategy gèle ses achats et sort 139 millions de dollars pour ses actions STRC

14 septembre 2026 à 18:00

Deuxième semaine blanche. Strategy n’a ni acheté ni vendu le moindre bitcoin la semaine dernière. La société de Michael Saylor a préféré consacrer 139,3 millions de dollars de sa trésorerie au rachat de 1,42 million de ses propres actions de préférence STRC, d’après le formulaire 8-K déposé auprès du régulateur boursier américain.

Son trésor reste figé à 845 050 BTC pour une valeur d’environ 65,7 milliards de dollars aux cours actuels. Aucune action ordinaire n’a non plus été émise via son programme « at-the-market » sur la période.

Points clés

  • Strategy a racheté 1,42 million d’actions de préférence STRC pour 139,3 millions de dollars, sans acheter ni vendre de bitcoin
  • Le trésor reste figé à 845 050 BTC pour un coût d’acquisition de 63,73 milliards de dollars, soit 75 412 dollars en moyenne
  • Le ratio mNAV retombé à 1,1 rend l’émission d’actions nouvelles quasiment inutile, d’où le virage vers les rachats de titres
  • 197 sociétés cotées détiennent désormais du Bitcoin, mais les quatre suivantes réunies pèsent moins de 18 % du trésor de Strategy

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Strategy rachète ses actions STRC plutôt que du Bitcoin

Le STRC, surnommé « Stretch », est une action de préférence perpétuelle : aucune échéance de remboursement, et un dividende mensuel à taux variable que Strategy ajuste pour maintenir le titre au plus près de sa valeur nominale de 100 dollars. Racheter ces titres sur le marché soutient leur cours et allège la facture de dividendes des trimestres suivants.

Ces rachats ont été financés par la poche « USD Cash », l’un des deux compartiments créés par le Digital Credit Capital Framework, le cadre de gestion financière que l’entreprise s’est imposé. Au terme de la période, l’« USD Reserve » affichait 5,1 milliards de dollars et l’« USD Cash » 1,3 milliard. Le premier compartiment est verrouillé et ne peut servir qu’au paiement des dividendes des actions de préférence et des intérêts de la dette.

Le programme de rachat de titres de crédit numériques, doté initialement d’un milliard de dollars et concentré en priorité sur le STRC, a été porté à 2 milliards la semaine dernière. Strategy a également validé un rachat d’actions ordinaires d’un milliard de dollars et élargi son BTC Monetization Program : l’entreprise s’autorise désormais à céder jusqu’à 5 milliards de dollars de bitcoins pour alimenter sa réserve, honorer dividendes et intérêts, et financer ces rachats. L’autorisation reste théorique à ce stade, puisque aucun bitcoin n’a quitté les coffres.

Strategy has repurchased $139M of $STRC. As of 9/13/26, we hold 845,050 $BTC and $6.4B of USD Assets. $MSTRhttps://t.co/awLZ666Nuq

— Strategy (@Strategy) September 14, 2026

« Strategy a racheté pour 139 millions de dollars de $STRC . Au 13/09/2026, nous détenions 845 050 $BTC et 6,4 milliards de dollars d’actifs en USD. $MSTR »

Un mNAV retombé à 1,1 et le silence de Michael Saylor

Le ratio mNAV compare la valeur d’entreprise de Strategy à celle du Bitcoin qu’elle détient. Il a longtemps oscillé entre 2 et 3 : chaque action émise au prix du marché achetait alors davantage de bitcoins par titre qu’elle n’en diluait, moteur du modèle Saylor. Redescendu à 1,1, il rend l’émission d’actions nouvelles pratiquement stérile pour les actionnaires en place, ce qui éclaire l’arrêt des ventes ATM.

Le titre MSTR a cédé 4,7 % sur la semaine pour clôturer vendredi à 130,97 dollars, quand le Bitcoin reculait de 3,9 %. L’action reste en repli d’environ 71 % par rapport à son sommet de 2025.

Michael Saylor a par ailleurs déserté son rituel dominical. Le cofondateur et président exécutif publiait chaque dimanche le graphique de suivi du trésor Bitcoin de Strategy, annonce à peine déguisée d’un achat imminent. Ces publications se sont raréfiées à mesure que les acquisitions s’espaçaient.

197 sociétés cotées en trésorerie Bitcoin, et un gouffre derrière Strategy

D’après les données de Bitcoin Treasuries, 197 sociétés cotées ont adopté une forme ou une autre de modèle d’accumulation de Bitcoin. Le classement s’effondre juste derrière Strategy : Twenty One, adossé à Tether, détient 43 514 BTC, Metaplanet 43 000 BTC, MARA 35 303 BTC et Bitcoin Standard Treasury Company, soutenu par Adam Back et Cantor Fitzgerald, 30 021 BTC. Ces quatre trésors réunis pèsent à peine 18 % de celui de Saylor.

L’ensemble du peloton a dévissé depuis les sommets de 2025, les primes de valorisation sur actif net s’étant comprimées à peu près partout. Le rachat de titres devient alors l’outil par défaut : quand le marché refuse de payer une prime pour du Bitcoin logé dans un bilan coté, racheter ses propres actions décotées revient à acheter du BTC avec un rabais.

Reste le cœur du bilan : 845 050 BTC accumulés pour 63,73 milliards de dollars, soit un prix de revient moyen de 75 412 dollars l’unité. Avec un Bitcoin autour de 77 900 dollars, la plus-value latente avoisine les 2 milliards, une marge de 3 % qui laisse peu d’air. Strategy contrôle toujours plus de 4 % des 21 millions de bitcoins qui existeront un jour, un stock qu’aucun des programmes de rachat en cours ne vient entamer.

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Crypto : le Mexique démantèle une ferme de minage clandestine soupçonnée de blanchir l’argent des cartels

Par : Magali
14 septembre 2026 à 06:23

Trois cents cartes graphiques au fond d’une vallée mexicaine. Le parquet fédéral, la marine et les forces de sécurité de l’État de Puebla ont investi une propriété isolée de la commune de Tlaola. Le site se trouve dans la Sierra Norte. Ils y ont trouvé une ferme de minage entièrement clandestine. Les enquêteurs veulent maintenant savoir qui payait l’électricité, et à qui profitaient les cryptomonnaies produites.

Le communiqué du gouvernement de Puebla évoque une piste de blanchiment liée au narcotrafic. L’enquête porte aussi sur un branchement sauvage présumé sur le réseau électrique local.

Points clés

  • Les autorités mexicaines ont saisi environ 300 GPU, un transformateur et huit antennes satellite dans une ferme de minage clandestine à Tlaola, dans la Sierra Norte de Puebla
  • L’enquête porte sur un détournement présumé de courant issu d’un barrage hydroélectrique voisin et sur un possible blanchiment de fonds du narcotrafic
  • Puebla avait déjà repéré trois sites comparables dans le même périmètre et coordonne désormais ses recherches avec les États voisins
  • Chainalysis recense 154 milliards de dollars de fonds reçus par des adresses illicites en 2025, soit moins de 1 % du volume total suivi

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Une ferme de minage crypto branchée au réseau électrique mexicain

L’inventaire dressé par les autorités détonne pour un hameau de montagne : environ 300 cartes graphiques, un transformateur, quelque 80 bornes de moyenne tension et huit antennes internet par satellite. Aucune fibre optique ne dessert ce secteur montagneux. La connexion passait donc par l’orbite basse.

Le ministère public cherche à établir si le site siphonnait le courant d’un barrage hydroélectrique voisin. Le complexe de Necaxa se trouve à quelques kilomètres de là. En service depuis 1905, il est exploité par la Commission fédérale d’électricité (CFE). Les 80 bornes de moyenne tension saisies sur place orientent l’enquête dans cette direction.

Un détail intrigue quiconque connaît le matériel : 300 cartes graphiques ne produisent pas de bitcoins. Les ASIC (des circuits intégrés conçus pour une seule fonction, bien plus efficaces qu’un GPU) verrouillent le minage de Bitcoin depuis plus d’une décennie. Un parc de cartes graphiques vise donc des cryptomonnaies alternatives, encore accessibles au minage grand public. Ou alors, il sert simplement de puissance de calcul louée pour l’intelligence artificielle.

« Les cartels de la drogue semblent avoir atteint un nouveau niveau de sophistication.»

David Saucedo, analyste en sécurité, à Reuters

Les autorités ont déjà repéré trois installations comparables dans le même périmètre au cours de l’année écoulée. Elles coordonnent désormais leurs recherches avec les États voisins pour en identifier d’autres. Le parquet fédéral a refusé de commenter auprès de l’agence de presse en raison de l’enquête en cours.

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Minage crypto et blanchiment : ce que disent les précédents

L’hypothèse n’a rien d’inédit. Les analystes conformité documentent depuis des années cette typologie : acheter du matériel de minage avec des fonds illicites pour obtenir des cryptomonnaies fraîchement émises, donc vierges de tout historique.

Chainalysis a poussé l’analyse jusqu’aux pools de minage, ces coopératives où des mineurs mutualisent leur puissance de calcul avant de se partager les récompenses. Ses chercheurs ont repéré des adresses de dépôt qui mélangeaient deux origines. D’un côté des fonds liés à des rançongiciels ou à des arnaques, de l’autre des revenus de minage, le tout sur les mêmes plateformes d’échange.

« Le minage de cryptomonnaies est une composante cruciale de notre industrie, mais il présente aussi un attrait particulier pour les acteurs malveillants, car il offre un moyen d’acquérir de l’argent dont la source d’origine on-chain est totalement propre.»

Chainalysis, rapport sur le blanchiment via les pools de minage

Aucun de ces travaux ne dit comment le site de Tlaola gérait ses fonds. L’enquête locale garde deux pistes ouvertes : un revenu tiré du minage sur courant volé, ou un habillage pour de l’argent venu d’autres délits. La « propreté » d’une pièce fraîchement minée reste d’ailleurs toute relative. Chaque transfert ultérieur s’inscrit dans un registre public. Les pools versent depuis des adresses identifiées, et les plateformes régulées savent lire ces schémas. L’électricité détournée, elle, ne laisse aucune trace consultable. Un mineur qui ne paie pas son courant efface la plus grosse ligne de ses coûts d’exploitation.

Crypto et cartels : Washington resserre l’étau sur les flux

Le Trésor américain a sanctionné en mai un réseau qu’il attribue à Armando de Jesús Ojeda Avilés. Celui-ci est accusé d’avoir collecté le produit des ventes de drogue aux États-Unis, de l’avoir converti en cryptomonnaies, puis de l’avoir acheminé vers le cartel de Sinaloa. Washington a par ailleurs classé six organisations criminelles mexicaines, dont Sinaloa, parmi les organisations terroristes étrangères début 2025. De quoi alourdir l’exposition pénale de quiconque manipule ces fonds.

Chainalysis chiffre à au moins 154 milliards de dollars les sommes reçues en 2025 par des adresses signalées comme illicites. Cette progression tient pour l’essentiel aux entités sous sanctions. Le total reste sous la barre de 1 % du volume de transactions que la société surveille. Une réserve méthodologique s’impose : ces calculs excluent en général les paiements classiques aux trafiquants. Il manque, la plupart du temps, les éléments extérieurs qui permettraient d’en établir l’origine criminelle. Un registre public ne suffit pas à distinguer un virement de narcotrafic d’un transfert parfaitement légitime.

Trois cents cartes graphiques génèrent au mieux quelques dizaines de milliers de dollars par an, une paille face aux volumes d’un cartel. C’est la multiplication des sites qui change l’échelle. Puebla a déjà lancé la traque avec les États voisins pour en débusquer d’autres.

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Shorts suicidaires et leviers à neuf chiffres : le top 10 des trades les plus culottés de l’histoire crypto

Par : Magali
13 septembre 2026 à 20:00

Poker face. En 2008, Lady Gaga en faisait le titre d’un tube mondial construit, de son propre aveu, sur l’imagerie du poker et du bluff. Dans la crypto, la formule colle à une poignée de traders. Ceux-là ne montrent jamais leur jeu, jusqu’à ce que le marché ne les force à abattre leurs cartes.

Il y a ceux qui lisent des graphiques, et ceux qui parient leur réputation sur un seul chiffre. Cette liste appartient à la seconde catégorie : dix coups joués en public, documentés par la presse ou par la blockchain elle-même, sur Hyperliquid ou ailleurs. Certains ont fait exploser des fortunes, d’autres ont englouti des centaines de millions de dollars en quelques heures. Voici donc le top 10 des trades les plus culottés de notre petite histoire crypto.

Le choix de ces dix paris reste évidemment arbitraire : la crypto ne manque pas d’autres candidats tout aussi culottés.

Avant d’attaquer, un point méthodologie s’impose. Plusieurs identités citées dans cette liste reposent sur du tracking on-chain. C’est le cas du trader connu sous le pseudonyme GCR, ou des deux adresses derrière la panique sur l’UST. Enfin, c’est aussi le cas du compte lié à Garrett Jin. Ce travail est réalisé par des sociétés comme Arkham Intelligence ou Chainalysis. Il relie des portefeuilles à des schémas de transactions, mais n’établit pas une identité judiciaire au sens propre. Sauf condamnation ou aveu explicite, ces attributions restent donc des présomptions solides, pas des faits tranchés par un tribunal.

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Le classement des dix paris, en un coup d’oeil

NomDateNotionnel / perteIssueSource
Tim DraperJuin 2014~19 M$ (achat, non confirmé officiellement)Bitcoin multiplié par plus de 100 depuisPresse US de l’époque
Sam Bankman-Fried2017-2020 puis nov. 2022~1 M$/jour (arbitrage) ; empire à 32 Md$ effondré25 ans de prison, appel perdu (12/06/2026)CoinDesk
GCRAvril 202220 M$ (short LUNA)Gain quasi doublé, identité jamais confirméeArkham Intelligence (estimation)
Traders anonymes UST7 mai 2022185 M$ (ventes UST cumulées)Dépeg, -40 Md$ en quelques joursChainalysis
Three Arrows CapitalFin 2020 – été 20221,2 Md$ (position GBTC à levier)Faillite, créances de 3,5 Md$Procédures judiciaires
Avraham EisenbergOctobre 2022110 M$ (emprunté)Condamnation annulée (2025), appel des procureurs (01/2026)DL News / CoinDesk
Changpeng Zhao (CZ)6 novembre 2022FTT, déclencheur de la chute de FTX (32 Md$)Grâce présidentielle (23/10/2025)CoinDesk
James WynnMai 20251,25 Md$ (position, levier 40x)Plus de 100 M$ de pertesThe Block / CoinDesk
Trader présumé Garrett JinOctobre 2025110 M$ (positions courtes, levier 10x)Gain de 150-200 M$, puis -250 M$ (01/2026)Arkham Intelligence / The Block
Machi Big BrotherOctobre 2025 – mai 2026Positions ETH à 25x de levierPerte de plus de 75 M$Arkham Intelligence
Do Kwon (hors classement)Décembre 2025 (jugement)40 Md$ de pertes (effondrement Terra)15 ans de prisonDOJ (SDNY)

1. Tim Draper achète 30 000 bitcoins à l’aveugle aux enchères des US Marshals

Le nom de Tim Draper n’est pas nouveau dans la Silicon Valley. Ce capital-risqueur de troisième génération a déjà misé tôt sur Skype, Hotmail ou Tesla. Mais ce pedigree ne rassure personne en 2014. La crypto sort d’un scandale retentissant, et beaucoup la croient finie. En juin de cette année-là, les US Marshals mettent aux enchères 29 656 bitcoins saisis lors du démantèlement de Silk Road.

Le marché sort à peine de l’effondrement de Mt. Gox, le bitcoin vaut environ 630 dollars et personne ne veut y toucher. Draper rafle pourtant les trois lots en une seule offre. Le montant exact n’a jamais été confirmé publiquement. Mais la presse américaine de l’époque l’estime à environ 19 millions de dollars, soit près de 640 dollars par bitcoin. Il annonce qu’il ne vendra jamais.

Le pari a payé, largement : Tim Draper reste l’un des investisseurs les plus actifs et les plus bruyants de l’écosystème crypto. En avril 2026, il a de nouveau annoncé un bitcoin à 250 000 dollars sous dix-huit mois, invoquant les pressions inflationnistes sur le dollar. Il avait déjà formulé ce type de pronostic par le passé, avec un succès inégal. Il continue de juger « irresponsable » pour une entreprise de ne pas détenir de bitcoin.

2. Sam Bankman-Fried lance Alameda avec l’arbitrage coréen

Avant FTX, il y a eu le kimchi premium. À l’époque, Sam Bankman-Fried n’est encore qu’un trader quantitatif inconnu du grand public. Alameda Research, la société qu’il vient de fonder, cherche justement à se faire un nom sur ce genre d’inefficacité de marché. Entre 2017 et 2020, le bitcoin s’échange parfois 50 % plus cher en Corée du Sud qu’ailleurs. Autrement dit, cette prime s’explique par les contrôles de capitaux locaux.

Sam Bankman-Fried monte alors une machine à acheter du bitcoin à l’étranger pour le revendre en won. Le profit atteint jusqu’à un million de dollars par jour, selon ses propres déclarations rapportées par CNBC à l’époque. Ainsi, il fallait faire vite. L’opération était légale, répétitive et terriblement culottée sur le plan logistique. Il fallait déplacer du capital à travers des juridictions hostiles à ce genre de flux, jour après jour.

Après FTX : la chute, puis la prison

La suite est connue. Sam Bankman-Fried a bâti FTX sur cette réputation de trader habile, avant que l’empire ne s’effondre en novembre 2022. Condamné à 25 ans de prison pour fraude, il a perdu l’appel de sa condamnation le 12 juin 2026. Résultat : la cour d’appel du deuxième circuit a confirmé intégralement le verdict.

Il purge sa peine dans un établissement fédéral de basse sécurité près de Santa Barbara, en Californie. Sa sortie est théoriquement prévue pour 2044, sauf recours devant l’ensemble de la cour, la Cour suprême, ou grâce présidentielle qu’il chercherait déjà à obtenir. Il envisagerait même, une fois libre, de lancer sa propre cryptomonnaie.

3. GCR, le trader fantôme qui a shorté LUNA avant tout le monde

Le style de GCR détonne dans un univers où les traders exhibent volontiers leurs gains en story sur X. Lui ne communique presque jamais, sinon pour livrer un conseil de marché tous les dix-huit mois.

Le pseudonyme GCR (Gigantic Rebirth) désigne un trader anonyme parti d’environ 1 000 dollars. Il a bâti, selon les estimations d’Arkham Intelligence, un patrimoine on-chain traçable pouvant atteindre plusieurs centaines de millions de dollars. En avril 2022, il ouvre une position short de 20 millions de dollars sur LUNA. Un mois avant l’effondrement de Terra, le pari double quasiment de valeur quand l’écosystème s’écroule en mai.

GCR est resté fidèle à sa légende : personne n’a percé son identité. Sa dernière sortie publique notable remonte à avril 2024, lorsqu’il avait brièvement rompu le silence pour commenter une chute du marché. Depuis, seuls quelques mouvements on-chain trahissent une activité résiduelle, comme la réclamation d’un airdrop du token CULT fin 2024, revendu quelques semaines plus tard pour une fraction de sa valeur initiale, selon Arkham Intelligence. Enfin, le trader fantôme, lui, n’a jamais reparu.

4. Les deux traders anonymes qui ont déclenché la panique sur l’UST

L’UST n’était pas un stablecoin comme les autres. Son rendement de près de 20 %, offert via le protocole Anchor, avait attiré des centaines de milliers d’épargnants. Dans les faits, beaucoup étaient peu familiers du risque propre à un ancrage purement algorithmique.

Le 7 mai 2022, Terraform Labs retire une partie de sa liquidité sur le pool Curve 3pool. Treize minutes plus tard, un premier trader échange 85 millions d’UST contre de l’USDC. Dans l’heure qui suit, un second vend 100 millions d’UST supplémentaires, par tranches de 25 millions, selon les données on-chain documentées par Chainalysis.

Ces deux ventes massives cassent le peg du stablecoin algorithmique. Résultat : la spirale qui suit effacera plus de 40 milliards de dollars de valeur en quelques jours. Leurs identités restent inconnues à ce jour.

Rien n’a changé sur ce point précis. Les deux traders n’ont jamais été identifiés, malgré les efforts de plusieurs cabinets d’analyse on-chain dans les mois qui ont suivi le crash. Ils restent, à ce jour, les fantômes les plus discrets de cette liste.

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5. Three Arrows Capital et le pari à un sens sur la décote du GBTC

Three Arrows Capital n’est alors pas un acteur marginal. Le fonds, cofondé par Su Zhu et Kyle Davies, gère plusieurs milliards de dollars et jouit d’une réputation de « smart money » incontestée dans l’écosystème. Fin 2020, Three Arrows Capital devient le plus gros détenteur institutionnel de parts du Grayscale Bitcoin Trust. Concrètement, sa position dépasse 1,2 milliard de dollars, empruntée à effet de levier.

Le pari repose sur une conviction simple : la prime du GBTC sur le bitcoin spot ne peut que persister. Pourtant, elle s’inverse en décote et ne remonte jamais. Combiné à l’exposition à Terra, ce trade laissera de lourdes créances lors de la liquidation du fonds, à l’été 2022. Selon les procédures judiciaires, ces créances sont évaluées à 3,5 milliards de dollars.

Su Zhu et Kyle Davies, après la chute

Leur trajectoire prend ensuite un tour différent, marqué par la fuite en avant. Su Zhu a été arrêté fin septembre 2023 à l’aéroport de Singapour alors qu’il tentait de quitter le pays. Il est ensuite condamné à quatre mois de prison pour refus de coopérer avec les liquidateurs. Il en ressort début 2024, qualifiant son séjour carcéral d’« agréable ».

Avec Davies, il lance alors OPNX, une plateforme d’échange de créances de faillites crypto. Celle-ci ferme à son tour en février 2024, pendant que les liquidateurs de 3AC réclament 1,3 milliard de dollars aux deux hommes. Kyle Davies, de son côté, continue de revendiquer n’avoir « rien à se reprocher » et refuse de reconnaître la compétence des tribunaux américains.

6. Avraham Eisenberg, une condamnation qui n’a pas tenu deux ans

Mango Markets n’est alors qu’un protocole de trading décentralisé de taille modeste, construit sur Solana, loin des standards de sécurité qui s’imposeront après lui. En octobre 2022, Avraham Eisenberg manipule le prix du token MNGO en multipliant les swaps croisés entre deux de ses propres comptes. La valeur du jeton grimpe de plus de 1 000 % en vingt minutes. Il utilise cette valorisation artificielle comme collatéral pour emprunter 110 millions de dollars aux utilisateurs de Mango Markets, sans intention de rembourser selon l’accusation.

Sur X, il revendique une « highly profitable trading strategy », assumant l’exploit comme un trade légitime au regard du code du protocole. Le 18 avril 2024, un jury fédéral le reconnaît coupable de fraude et de manipulation de marché.

Une condamnation annulée, puis contestée en appel

Le 23 mai 2025, le juge fédéral Arun Subramanian annule l’intégralité de ces condamnations, pour deux raisons distinctes. D’abord un motif de compétence territoriale : Eisenberg n’a ni tradé, ni appelé, ni envoyé le moindre e-mail depuis New York. Cela prive, selon lui, les procureurs du Southern District de New York de toute base légale sur les chefs de fraude et de manipulation.

Sur le chef de fraude électronique, le juge tranche différemment. Pour lui, emprunter sur un protocole « sans règle ni interdiction explicite » ne constitue pas une fausse déclaration punissable. Or, les procureurs ont fait appel de cette décision en janvier 2026. Ils estiment que le juge a ignoré les conditions d’utilisation de Mango Markets, qui imposaient bien des ratios de garantie. Une nouvelle condamnation sur le volet fraude reste donc possible. Eisenberg reste incarcéré pour une affaire distincte et sans lien avec Mango Markets. Il a été condamné en mai 2025 à plus de quatre ans de prison pour possession de matériel pédopornographique.

7. CZ, le tweet à 2,1 milliards de dollars qui a coulé FTX

Changpeng Zhao est le fondateur de Binance, et son ancien CEO. De fait, son avis pèse sur les prix bien au-delà de son propre carnet d’ordres. Le 6 novembre 2022, CoinDesk révèle qu’Alameda Research loge 40 % de ses 14,6 milliards de dollars d’actifs dans le jeton FTT. Quatre jours plus tard, Changpeng Zhao annonce sur X que Binance va liquider ses avoirs restants en FTT. Il invoque les « récentes révélations ».

Il rappelle au passage un chiffre : Binance avait touché environ 2,1 milliards de dollars en BUSD et en FTT. C’était lors de sa sortie du capital de FTX, en 2021. Plus qu’un short classique, c’est un aveu de défiance publique envers un concurrent direct, posté par l’homme le plus influent de l’industrie. Le FTT perd plus de 80 % de sa valeur dès le 8 novembre. FTX vacille aussitôt et dépose le bilan le 11, entraînant dans sa chute un empire valorisé 32 milliards de dollars quelques mois plus tôt seulement.

De la prison à la grâce présidentielle

CZ a lui aussi eu affaire à la justice américaine entre-temps. Il a plaidé coupable en novembre 2023 pour manquement aux obligations de lutte contre le blanchiment chez Binance, et purgé une peine de prison aux États-Unis. Le 23 octobre 2025, Donald Trump lui accorde une grâce présidentielle, une décision immédiatement critiquée par plusieurs élus démocrates.

Ceux-ci y voient un possible conflit d’intérêts lié aux liens d’affaires entre Binance et la famille Trump, ce que l’entourage de CZ dément fermement. Binance, la plateforme qu’il a cofondée, détenait à elle seule environ 87 % du stablecoin USD1 de World Liberty Financial. Ce projet crypto, lancé par les fils du président, a démarré début février 2026, selon Forbes. La plateforme avait aussi distribué, fin janvier 2026, pour 40 millions de dollars de jetons WLFI dans le cadre d’une promotion conjointe. CZ continue pourtant de se dire optimiste sur un supercycle du bitcoin.

Capture d'écran de l'échange sur X entre Changpeng Zhao et Caroline Ellison le 6 novembre 2022, juste avant l'effondrement de FTX.
Le tweet de CZ annonçant la liquidation du FTT par Binance, suivi de la réponse de Caroline Ellison proposant de racheter la position à 22 dollars, le 6 novembre 2022 – Source : X

8. James Wynn, du memecoin à sept mille dollars au milliard sur Bitcoin

James Wynn se fait connaître en 2023 en transformant environ 7 000 dollars en 20 à 25 millions sur le token PEPE. Cet exploit le transforme en figure culte des salons de trading sur Telegram. Deux ans plus tard, il rejoue sa notoriété sur Hyperliquid, la plateforme qui devient alors sa nouvelle scène de prédilection. Le 21 mai 2025, il ouvre une position longue de 830 millions de dollars sur bitcoin. Il la porte à 1,25 milliard le 24 mai, à 40x de levier, selon CoinDesk.

Le marché tourne. Fin mai, ses positions sautent en cascade, pour plus de 100 millions de dollars de pertes en quelques jours, confirme The Block. Peu de traders auront incarné aussi vite les deux extrêmes du levier. La gloire fulgurante, puis la liquidation publique, sous le regard de milliers de comptes qui suivaient son wallet en direct.

Malgré tout, James Wynn n’a jamais vraiment quitté la table. Dès juillet 2025, à peine remis de sa liquidation, il rouvre des positions à effet de levier sur l’ether et sur PEPE. Le scénario se répète ensuite plusieurs fois au fil des mois suivants : nouvelles positions, nouveaux gains éphémères, nouvelles liquidations. En avril 2026, son compte a fondu à 900 dollars après une sixième liquidation en deux semaines. En clair, il en comptait plus de deux cents au total depuis ses débuts sur la plateforme.

9. Le trader mystère qui a shorté treize minutes avant Trump

Le contexte politique compte autant que le trade lui-même. Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump a fait de la guerre commerciale avec la Chine un instrument de politique quasi quotidien. Le marché crypto réagit désormais en quelques secondes à chacun de ses messages sur les réseaux. Un vendredi d’octobre 2025, une baleine anonyme ouvre des positions courtes sur Hyperliquid. Elle mise 80 millions de dollars sur bitcoin et 30 millions sur ether, à 10x de levier.

Le timing est presque parfait. Quelques minutes plus tard, Donald Trump annonce un tarif douanier de 100 % sur la Chine et fait plonger l’ensemble du marché crypto. Le profit est estimé entre 150 et près de 200 millions de dollars selon Arkham Intelligence. Des enquêteurs on-chain pointent Garrett Jin, ancien dirigeant de la plateforme BitForex, qui dément toute anticipation et dénonce la divulgation de son identité par CZ lui-même.

Qui est Garrett Jin ?

L’identité présumée du trader n’a jamais été confirmée officiellement, mais Garrett Jin reste à ce jour le nom qui revient le plus souvent dans les enquêtes on-chain. Son parcours antérieur n’aide pas sa défense. BitForex, l’exchange qu’il avait fondé, s’était effondré en 2024, au milieu d’accusations de détournement de fonds clients.

Le portefeuille lié à ce trade a néanmoins continué d’opérer sur Hyperliquid après octobre 2025, accumulant près de 100 millions de dollars de gains cumulés. Le retournement est venu fin janvier 2026, après avoir rebasculé sur des positions longues à fort levier. Ce compte a essuyé une liquidation d’environ 250 millions de dollars sur l’ether, selon Arkham Intelligence. Son résultat net cumulé est ainsi repassé en territoire négatif.

10. Machi Big Brother, le compte qui refuse de sortir de table

Jeffrey Huang n’est pas un inconnu de la scène crypto taïwanaise : entrepreneur et ancien producteur de musique, il s’était construit une notoriété locale. Sur Hyperliquid, il est devenu l’un des comptes les plus suivis du marché, pour de mauvaises raisons. À force de positions longues sur l’ether à 25x de levier, il a hérité du surnom de « roi des liquidations ».

Entre octobre 2025 et mai 2026, il perd plus de 75 millions de dollars, selon Arkham Intelligence. Il avait pourtant connu un pic de 44,5 millions de dollars de gains latents, à un moment de la séquence. Son fil de transactions est suivi en direct par des milliers de comptes. Il est devenu un cas d’école involontaire sur ce que le levier fait à un compte qui refuse de sortir.

Le compte de Machi Big Brother n’a jamais vraiment cessé de tourner. Il a été de nouveau intégralement liquidé début 2026, avant de rouvrir des positions à fort levier avec le peu de capital qu’il lui restait. À chaque fois, il recharge et recommence, dans un cycle que les analystes on-chain qualifient de « résilience » plus que de stratégie.

Le cas Do Kwon, pour la mesure

Do Kwon, lui, n’a plus l’occasion de recharger un compte. Le fondateur de Terra a écopé de quinze ans de prison en décembre 2025, une peine que confirme le jugement du tribunal fédéral de New York. Il avait orchestré un système à effet de levier bien plus large que celui de Huang, avec 40 milliards de dollars de pertes à la clé.

Le rapprochement s’arrête là où la comparaison devient dangereuse. Suivre un portefeuille sur la blockchain ne dit rien du casier judiciaire de son propriétaire. Cela ne dit rien non plus de l’endroit où il dort le soir. Sur Hyperliquid, le carnet est public. La prison, elle, ne l’est pas.

Ces dix histoires n’ont ni le même montant ni la même époque en commun, mais un seul réflexe : miser gros quand tout le monde regarde ailleurs. Le bluff fonctionne un temps. Puis la blockchain cesse de jouer le jeu. Chaque position reste inscrite, publique, consultable par quiconque sait où chercher, bien après que la table s’est vidée. Sur Hyperliquid comme ailleurs, des dizaines de comptes anonymes rejouent aujourd’hui les mêmes schémas, sous le regard des mêmes limiers on-chain.

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Économie : la France paiera 59,3 milliards d’euros d’intérêts sur sa dette en 2026

11 septembre 2026 à 19:00

Le passé, dévoreur d’avenir. Bercy vient de chiffrer l’addition : la charge de la dette française atteindra 59,3 milliards d’euros en 2026. La hausse atteint 4,4 milliards d’euros par rapport à 2025, environ 8 %. Le ministre de l’Économie et des Finances, Roland Lescure, annonce une révision à la baisse de la croissance 2026. Elle est désormais estimée autour de 0,5 %. Il reconnaît aussi que l’objectif d’un déficit public sous les 5 % du PIB « n’est plus une option ». Deux chiffres qui, mis côte à côte, dessinent la mécanique la plus redoutable des finances publiques. Une dette toujours plus chère, dans une économie qui produit de moins en moins de richesse pour la payer.

Points clés

  • Les intérêts payés par l’État atteignent 59,3 milliards d’euros en 2026, soit +4,4 milliards sur un an, environ 8 %
  • Roland Lescure révise la prévision de croissance 2026 à la baisse, autour de 0,5 %
  • Le ministre évoque aussi un déficit public supérieur à 5 % du PIB
  • Le service de la dette grimpe au troisième rang budgétaire de l’État, derrière la Défense, et talonne l’Éducation nationale
  • Bitcoin, plafonné à 21 millions d’unités, sert de couverture face à la dépréciation monétaire
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Économie française : quand les intérêts de la dette grimpent sur le podium budgétaire

Le mécanisme n’a rien de mystérieux. Pendant une décennie, la France s’est endettée à taux quasi nul, parfois négatifs. La Banque centrale européenne rachetait alors massivement des actifs sur les marchés. Cette parenthèse est refermée. Chaque obligation assimilable du Trésor (OAT) arrivée à échéance doit être refinancée aux conditions du marché actuel. L’écart se paie cash. Le rendement de l’OAT à 10 ans avoisine 4,10 % depuis des mois, contre 0,1 % en 2020. L’Agence France Trésor prévoit pour l’année un volume record d’émissions nettes à moyen et long terme : 310 milliards d’euros.

Le service de la dette atteint désormais 59,3 milliards d’euros pour 2026. Il reste derrière la Défense, dont les crédits s’élèvent à 66,7 milliards d’euros. Mais il talonne désormais l’Éducation nationale, dont le budget hors pensions s’établit à 63 milliards d’euros. L’argent part chez les créanciers, dont plus de la moitié résident hors de France. La Cour des comptes évoque un cap des 100 milliards d’euros annuels avant la fin de la décennie. Ce scénario suppose que la trajectoire actuelle se poursuive. L’encours de dette publique dépasse désormais 3 536 milliards d’euros. Cela représente 117,5 % du produit intérieur brut au premier trimestre 2026, selon l’Insee. Chaque dixième de point de taux supplémentaire se traduit en milliards à trouver.

La révision de croissance annoncée par Roland Lescure aggrave l’équation. Une croissance molle, autour de 0,5 %, signifie moins de recettes fiscales. Le ministre l’a reconnu lui-même le 11 septembre. Un déficit sous les 5 % du PIB en 2026 « n’est plus une option ». Un déficit qui se creuse mécaniquement et un ratio dette/PIB qui grimpe sans qu’un euro supplémentaire ait été emprunté. Les agences de notation ont déjà sanctionné la trajectoire. S&P et Fitch ont dégradé la France en 2025. Moody’s, elle, a maintenu sa note à Aa3, tout en abaissant sa perspective à négative. Chaque cran perdu renchérit un peu plus le coût de l’argent.

Crypto et dette souveraine : pourquoi Bitcoin observe la scène de très près

Les trois leviers classiques pour sortir d’un tel piège sont connus : la croissance, l’austérité ou l’inflation. Le premier fait défaut. Le deuxième s’écrase depuis deux ans sur l’instabilité politique de l’Assemblée nationale. Le troisième reste la solution historique préférée des États surendettés. Dévaluer lentement la dette en laissant filer les prix revient à faire payer l’ajustement aux détenteurs d’épargne en euros. Ce sont eux, plutôt que les contribuables identifiés, qui portent la facture. Personne ne vote cette option, elle s’applique toute seule.

C’est précisément ce scénario que Bitcoin a été conçu pour contourner. Le protocole plafonne l’émission à 21 millions d’unités, sans banque centrale capable d’ajuster le robinet lors d’un exercice budgétaire difficile. Un Trésor peut refinancer sa dette, la restructurer, ou la diluer en dernier recours. Un portefeuille Bitcoin ne connaît aucune de ces options. L’argument, longtemps cantonné aux forums cypherpunks, a gagné les salles de marché. Les ETF Bitcoin au comptant américains ont drainé des dizaines de milliards de dollars depuis leur lancement. Plusieurs trésoreries d’entreprise, Strategy en tête, revendiquent désormais une couverture explicite contre la dépréciation monétaire.

L’Europe avance dans la direction opposée avec l’euro numérique. La Banque centrale européenne en poursuit le développement, en vue d’une phase pilote. Une monnaie numérique de banque centrale (MNBC) n’efface aucune dette et ne réduit aucun taux d’intérêt. Elle modernise la plomberie du paiement pendant que la charge financière continue de courir sur les mêmes obligations souveraines.

Les 59,3 milliards d’euros d’intérêts de 2026 équivalent au produit annuel de l’impôt sur les sociétés en France. Un budget entier, prélevé sur les entreprises du pays, consacré uniquement à payer le loyer de l’argent emprunté hier. La prochaine adjudication de l’Agence France Trésor dira à quel prix les investisseurs acceptent de prolonger l’exercice.

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Crypto : Polymarket et Kalshi opèrent sans autorisation en Europe, selon l’ESMA

11 septembre 2026 à 17:00

Rappel à l’ordre depuis Paris. L’Autorité européenne des marchés financiers (ESMA) juge Polymarket et Kalshi dépourvus d’autorisation pour commercialiser leurs contrats événementiels en Europe. Le gendarme des marchés va plus loin. Il doute de l’efficacité des restrictions géographiques déployées par les deux plateformes, qu’un simple VPN suffit à contourner.

Le régulateur avance trois qualifications possibles pour ces produits : l’interdiction européenne des options binaires, le règlement MiCA sur les crypto-actifs, ou les législations nationales sur les jeux d’argent. Aucune, pourtant, ne délivre aujourd’hui de passeport aux deux leaders mondiaux du pari sur l’actualité.

Points clés

  • L’ESMA juge que Polymarket et Kalshi commercialisent leurs contrats événementiels dans l’Union sans autorisation
  • Trois régimes peuvent s’appliquer : interdiction des options binaires, règlement MiCA et lois nationales sur les jeux d’argent
  • Le régulateur conteste l’efficacité des blocages géographiques, contournés par VPN à grande échelle
  • Aux États-Unis, Kalshi (22 milliards de dollars) et Polymarket (soutenu par ICE) opèrent sous supervision de la CFTC

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Polymarket et Kalshi : trois régimes juridiques, aucune autorisation

« La commercialisation de ces contrats nécessite une autorisation européenne, que les plus grandes plateformes ne détiennent pas. »

ESMA, rapport de risque, 10 septembre 2026

En clair, un contrat événementiel (event contract) se résume à une question fermée. Tel candidat sera-t-il élu, la BCE baissera-t-elle ses taux, tel club remportera-t-il le championnat ?

Concrètement, la part s’échange entre 0 et 1 dollar. Elle vaut ensuite 1 dollar si l’événement se réalise, zéro dans le cas contraire. En effet, ce profil de gain est exactement celui des options binaires. L’ESMA en a proscrit la commercialisation auprès des clients de détail dès 2018. Les autorités nationales ont ensuite pérennisé l’interdiction sur leur territoire.

La seconde qualification vise directement l’infrastructure de Polymarket. La plateforme règle ses positions en USDC sur Polygon, une mécanique qui la fait entrer dans le champ de MiCA. Le règlement s’applique aux prestataires de services sur crypto-actifs depuis fin 2024.

Par ailleurs, ni Polymarket ni Kalshi ne figurent au registre des acteurs agréés dans l’Union. Ils ne détiennent pas non plus l’agrément d’entreprise d’investissement qu’exigerait une qualification en instrument dérivé sous MiFID II.

Reste le droit des jeux d’argent, une compétence des États membres et non de Bruxelles. La France a ouvert le bal dès fin 2024. L’Autorité nationale des jeux (ANJ) a qualifié Polymarket de service de pari non autorisé et obtenu un premier géoblocage.

Un rempart jugé trop poreux. L’ANJ a d’ailleurs durci le ton en juillet 2026 en ordonnant aux fournisseurs d’accès un blocage pur et simple du site. La Belgique a suivi une voie comparable dès février 2025. Elle a aussi inscrit la plateforme sur sa liste noire des jeux d’argent illégaux.

Le geoblocage, un rempart jugé insuffisant

Or, les deux sociétés affirment tenir les résidents européens à distance. L’ESMA n’en est pas convaincue.

En effet, un filtrage par adresse IP ne suffit pas à prouver qu’une société ne démarche pas le public de l’Union. Une clause d’exclusion enfouie dans les conditions générales non plus, surtout quand le contournement par VPN est pratiqué à grande échelle.

« On comprend mal pourquoi tous les États membres ne figurent pas sur la liste des pays restreints. »

ESMA, rapport de risque, 10 septembre 2026

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Marchés prédictifs : l’Europe bloque, Washington encadre

En revanche, la trajectoire américaine est rigoureusement inverse. Kalshi opère comme marché à terme désigné (DCM) sous la supervision de la CFTC, l’autorité fédérale des dérivés.

Polymarket, elle, a racheté l’opérateur agréé QCEX pour 112 millions de dollars à l’été 2025. Elle a ensuite rouvert son service aux Américains dans un périmètre supervisé, après des années d’exil réglementaire.

De fait, les capitaux ont validé le virage. ICE, maison mère du New York Stock Exchange, a engagé jusqu’à 2 milliards de dollars dans Polymarket. Sa valorisation avoisine désormais les 8 milliards.

Kalshi a fait plus fort encore. Un tour de table mené par Coatue, avec Sequoia et a16z au capital, l’a valorisée à 22 milliards de dollars au printemps 2026. Deux sociétés que l’Europe juge non autorisées pèsent ainsi davantage que la plupart des places de marché crypto du continent.

Or, aucun acteur européen agréé ne propose aujourd’hui l’équivalent. Les volumes partent ailleurs, car les parieurs du continent passent par des tunnels chiffrés.

Et l’ESMA constate un contournement qu’elle ne peut pas sanctionner elle-même. L’autorité coordonne et interprète ; l’exécution revient à l’AMF, à la BaFin, à la CNMV et à leurs homologues, dossier par dossier.

La demande européenne pour ces produits ne quitte pourtant pas les écrans : elle se déplace hors de tout périmètre supervisé. Un régime d’agrément explicite, comparable à celui de la CFTC outre-Atlantique, ramènerait ces flux sous surveillance et sous impôt. L’ESMA n’a pour l’heure qu’un levier : une grille de lecture transmise aux vingt-sept régulateurs nationaux. À eux, désormais, de sortir la première décision contraignante.

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Le marché altcoin perd 58% depuis le sommet, les cryptos anonymes gagnent 213%

Par : Magali
8 septembre 2026 à 21:00

Trois cent trente-cinq jours après le sommet d’octobre 2025, Bitcoin s’échange encore 36% en dessous de son record. Pour la plupart des altcoins, la note est bien plus salée. Sur les 200 plus gros actifs hors stablecoins, l’actif médian a perdu 58% depuis ce même sommet. Un seul secteur fait exception à la règle, et il ne s’agit ni de l’intelligence artificielle ni des memecoins. Les cryptos anonymes, portées par Zcash, affichent une performance positive depuis ce sommet. Un chiffre qui mérite qu’on s’y attarde d’un peu plus près.

Les points clés de cet article :
  • Bitcoin a échangé 36% en dessous de son record après 335 jours, tandis que les cryptos anonymes, menées par Zcash, ont affiché une performance positive extraordinaire.
  • La capitalisation des cryptos anonymes a quadruplé en un an, avec Zcash représentant 62% de ce secteur en plein essor.

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Le marché des altcoins s’effondre, la vie privée s’envole de 213%

Les données publiées par Glassnode le 7 septembre sont sans appel. Sur dix secteurs suivis par la plateforme d’analyse on-chain, neuf affichent une perte depuis le sommet du 6 octobre 2025 : la DeFi cède 27%, les exchanges 36%, les layer 1 40%, l’IA 42%, les actifs du monde réel (RWA) 57%. Un seul grimpe, les cryptos anonymes (privacy coins), à +213%.

Graphique Glassnode montrant les cryptos anonymes (privacy) comme seul secteur au-dessus du sommet d'octobre de Bitcoin, +213%
Neuf secteurs sur dix sont encore sous leur sommet d’octobre : seules les cryptos anonymes affichent une performance positive. Source : Glassnode, 7 septembre 2026.

Ce n’est pas le marché qui rebondit. C’est un secteur qui masque tout le reste. Sur les 30 derniers jours, les dix secteurs ont tous progressé, la vie privée en tête avec +90%. Mais cette embellie récente ne change rien à la photo de l’année. Seuls 25 actifs sur 200 affichent un gain depuis janvier, et l’actif médian perd 55% sur cette période.

ZEC pèse à lui seul 62% du secteur privacy

Voilà où le récit se complique. La capitalisation cumulée des cryptos anonymes est passée de 7,1 milliards de dollars il y a un an à 33,6 milliards aujourd’hui, selon le même rapport Glassnode, soit à peu près la capitalisation de Tron. Près de la moitié de cette hausse s’est produite ces trente derniers jours.

Graphique Glassnode de la capitalisation du marché des cryptos anonymes (ZEC, XMR, DASH), passée de 7,1 à 33,6 milliards de dollars en un an
La capitalisation cumulée des cryptos anonymes (ZEC, XMR, DASH et autres) a plus que quadruplé en un an. Source : Glassnode, 7 septembre 2026.

Zcash en est le principal moteur. Le token est passé du 82ᵉ au 7ᵉ rang mondial par capitalisation, avec une progression de 2 496% depuis janvier. À lui seul, il représente 62% du poids du secteur. Monero (XMR) a doublé sur la même période, et trois cryptos anonymes (DASH, XMR, ZEN) ont surperformé Bitcoin sur les 90 derniers jours. Mais retirez Zcash du calcul, et le panier de cryptos anonymes pondéré par capitalisation ne grimpe plus que de 85% depuis janvier. Solide, mais nettement moins spectaculaire.

David Hoffman a testé la diversification, pas le tout-ZEC

Ce pari sur la vie privée, un homme l’a fait publiquement bien avant que Glassnode ne le documente. En mai, David Hoffman, cofondateur du média Bankless (référence historique de l’écosystème Ethereum), a soldé toute sa position en ETH pour la répartir sur cinq tokens : VVV, NEAR, ZEC, HYPE, et surtout LIT, sur lequel il a placé la moitié de la somme.

La sortie lui a valu une volée de critiques. Un cofondateur d’un média pro-Ethereum qui vend tout son ETH, l’image ne passe pas inaperçue. Trois mois plus tard, le bilan compilé par l’analyste DeFi Ignas parle pour lui. LIT gagne 369%, ZEC 110%, NEAR 54%, quand l’ETH conservé à titre de comparaison ne progresse que de 8%. Seul VVV, à -6%, casse le tableau.

Le détail compte autant que le résultat. Hoffman n’a pas tout misé sur Zcash, contrairement à ce que la performance du secteur pourrait laisser croire à qui ne regarde que le chiffre global. Il a réparti son pari sur cinq lignes, et c’est LIT, pas ZEC, qui a le mieux performé chez lui. La leçon n’est pas qu’il fallait deviner le bon token. C’est qu’il fallait sortir d’un seul, l’ETH, pour ne plus dépendre d’un seul récit.

Arthur Hayes, cofondateur de BitMEX, avait anticipé ce basculement bien avant que les chiffres ne le confirment. Selon lui, la vie privée deviendrait la tendance dominante du cycle. Les données de Glassnode lui donnent raison sur le sens du mouvement. Elles disent aussi, chiffres à l’appui, que ce mouvement repose sur un seul token bien plus que sur une conviction collective.

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Rachats de jetons : 638 millions de dollars en 2026, et Hyperliquid et Pump.fun raflent presque tout

Par : Magali
5 septembre 2026 à 14:00

Deux gagnants, et beaucoup de figurants. Les projets crypto ont dépensé 638 millions de dollars depuis janvier pour racheter leurs propres jetons sur le marché. C’est un record. Sauf que cette manne de la finance décentralisée ne ruisselle pas. bien au contraire. Elle prend sa source chez deux gros acteurs du secteur. En effet, Hyperliquid et Pump.fun signent à eux deux près de 90 % de la facture. Le rachat de jetons (buyback en anglais), est un vieux réflexe des singes de Wall Street. Le mécanisme d’une entreprise qui utilise ses bénéfices pour retirer ses actions de la circulation, est devenu l’argument marketing préféré des protocoles qui gagnent de l’argent. Et une promesse creuse pour ceux qui n’en gagnent pas.

Les points clés de cet article :
  • Les projets crypto ont établi un record en dépensant 638 millions de dollars pour racheter leurs propres jetons depuis janvier, avec Hyperliquid et Pump.fun à l’origine de près de 90 % de cette somme.
  • Hyperliquid a utilisé un mécanisme de rachat automatisé pour convertir et détruire les jetons HYPE, augmentant ainsi significativement leur valeur, contrairement à Pump.fun dont la stratégie de rachat n’a pas réussi à restaurer la confiance des investisseurs.

Dimanche 6 septembre à 20h, le trader pro de Steady Lads décrypte le marché en direct. Au programme : une Master Class sur la lecture des graphiques, une analyse technique des principaux actifs et une séance de questions ouvertes avec celui qui pilote le portefeuille. Accès libre, dans la limite de 500 inscrits.
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Hyperliquid, la machine à racheter du HYPE qui tourne à plein régime

Le chiffre vient d’une analyse du Financial Times. Elle est bâtie sur les données de la société d’analyse on-chain Allium Labs arrêtées au 25 août. Sur la même période de 2025, les rachats atteignaient 545 millions de dollars. Et en 2024, année complète ? 366 000 dollars, sans le mot million derrière.

C’est Hyperliquid qui porte l’essentiel de cette progression. La plateforme de perpétuels décentralisée (des contrats à terme sans échéance, négociés on-chain avec effet de levier) reverse 99 % de ses frais de trading à un « fonds d’assistance ». Ce fonds convertit les frais en HYPE de façon automatisée, au niveau même de la blockchain. Puis, les jetons sont détruits et retirés définitivement de l’offre totale. Sur le seul deuxième trimestre, 169 millions de dollars de revenus ont généré 141 millions de rachats. De la mécanique, pas du marketing.

Matt Hougan, directeur des investissements de Bitwise, y voit d’ailleurs « la raison principale » de la hausse : le mécanisme « offre aux investisseurs un canal clair par lequel l’activité croissante du protocole se répercute sur la valeur du jeton ». Autrement dit, chaque trader qui paie des frais achète, sans le savoir, du HYPE pour les autres. Le jeton a même décroché une place dans l’ETF multi-actifs Nasdaq de Hashdex depuis le 1er septembre, avec une pondération de 3,4 %.

Un an de recul suffit à trancher, sans figer un prix qui bouge tous les jours : HYPE grimpe d’environ 90 % depuis septembre 2025, quand PUMP plafonne à 13 % sur la même période (CoinGecko, 4 septembre). Le protocole est identique. Les trajectoires, non.

Performance de HYPE (orange) et de PUMP (violet) sur 12 mois, en variation relative. Au 4 septembre 2026, HYPE termine nettement au-dessus, PUMP autour de l’équilibre après un pic d’automne 2025. Source : CoinGecko.
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Pump.fun, le buyback qui n’achète pas la confiance

Deuxième acheteur du classement, Pump.fun n’a pas eu la même chance. Le lanceur de memecoins sur Solana a longtemps consacré 100 % de ses revenus au rachat de PUMP. Neuf mois de collecte, puis 36 % de l’offre en circulation détruite d’un coup le 29 avril, soit 370 millions de dollars partis en fumée. Le cours n’a pas suivi.

La confiance s’était déjà écornée plus tôt dans l’année, quand l’équipe avait multiplié les virements de SOL vers Kraken, de quoi nourrir les soupçons sur l’état réel de ses réserves. Le cofondateur Alon Cohen l’a reconnu auprès de CoinDesk le jour même du burn : « il y avait un manque de confiance dans la longévité de l’entreprise ». Pump.fun a donc rabattu son programme à 50 % des revenus, l’autre moitié servant à financer le développement et les recrutements.

Il faut dire que la matière première fond. Les revenus du protocole ont atteint 971 millions de dollars en 2025, quand le rythme annualisé de 2026 tourne autour de 320 millions. Racheter la moitié d’un chiffre d’affaires en chute, ça reste une chute. Un buyback retire de l’offre, mais ne crée aucune demande. Quand les utilisateurs partent, personne n’achète ce que le protocole brûle.

Rachats de jetons : un remède qui ne soigne que les bien portants

Plus bas dans le classement, les chèques rapetissent. Sky Protocol (l’ex-MakerDAO) a racheté 26 millions de dollars de SKY et son jeton progresse d’environ 8 % sur un an. Jupiter a dépensé 14 millions de dollars en JUP, qui perd 55 %. Chainlink rachète, et LINK cède 50 %. Helium a carrément arrêté son programme en février. Lido conditionne le sien à 40 millions de dollars de revenus annualisés, pendant que LDO abandonne 71 %.

Chez Allium, le responsable de la recherche Elton Shehdula reconnaît que les rachats « peuvent créer une apparence de confiance », mais il reste « sceptique sur le fait que de telles initiatives, à elles seules, fassent monter significativement les prix ». Amir Hajian, chercheur chez Keyrock, va plus loin. « L’ère des jetons qui montent largement sur le battage est terminée. » Les investisseurs veulent des flux de trésorerie. Ceux qui en ont rachètent, ceux qui n’en ont pas font semblant.

DeFi vs TradFi

Différence de taille avec la Bourse, quand même. Une entreprise cotée qui rachète ses actions le fait dans un cadre balisé (aux États-Unis, la règle 10b-18 de la SEC plafonne les volumes quotidiens et encadre les horaires d’achat), avec publication trimestrielle des montants. Un protocole, lui, décide seul du pourcentage, de la cadence et de l’arrêt, par vote de gouvernance ou par simple message sur X. Jupiter a ainsi envisagé en janvier de stopper son programme après 70 millions de dollars dépensés en 2025, avant de le poursuivre au ralenti cette année. Aucune contrainte, aucune sanction. Le rachat de jetons reste, pour l’instant, une promesse révocable.

Sky, Hyperliquid et Pump.fun rachètent parce qu’ils encaissent d’abord, le rachat vient après. Les autres rachètent une promesse. La Fed tranche sur ses taux le 16 septembre, en plein « Rektember », ce mois que les traders redoutent chaque année. dYdX, qui consacre 25 % de ses frais nets à son programme depuis mars 2025, vit sous le même régime : un vote de gouvernance, et tout s’arrête.

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Bitcoin : 9,7 milliards de dollars liquidés en 2 semaines

Par : Magali
31 août 2026 à 17:00

Grand ménage d’été chez les vendeurs à découvert. Entre le 17 et le 30 août, le marché crypto a effacé 9,71 milliards de dollars de positions à effet de levier, et deux tiers de cette somme appartenaient à des traders qui pariaient sur la baisse. Le 20 août, nous avions annoncé un short squeeze (un rachat forcé en chaîne des positions vendeuses) qui avait tout changé en une nuit. Deux semaines plus tard, la poussière est retombée. Voici le bilan à froid.

Les points clés de cet article :
  • Le marché crypto a effacé 9,71 milliards de dollars de positions à effet de levier entre le 17 et le 30 août, avec deux tiers appartenant à des vendeurs à découvert.
  • Un short squeeze historique, déclenché par un communiqué du Trésor américain, a entraîné la liquidation de 6,55 milliards de dollars de positions vendeuses, un record jamais observé auparavant.

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Short squeeze du 19 août : la nuit où les shorts ont sauté

Tout part d’un communiqué du Trésor américain. Le 19 août, Washington double la taille maximale de ses opérations de rachat d’obligations à 4 milliards de dollars par séance. Les rendements longs décrochent, le trente ans passe de 5,34 % à 5,19 %, et l’argent cherche un actif à risque. Bitcoin, qui traînait autour de 64 000 dollars, bondit de près de 9 % en quelques heures. Le même soir, Donald Trump reçoit à la Maison Blanche des patrons du secteur, Coinbase et Ripple en tête. Timing parfait.

Sauf que le marché était positionné à l’envers. Des semaines de glissade avaient rempli les carnets de positions vendeuses, souvent avec un levier généreux. Quand le cours a franchi 66 000, puis 68 000 dollars, chaque palier a déclenché les rachats forcés de la vague précédente. Les données de CoinGlass recensent plus d’un milliard de dollars de shorts liquidés en une seule heure ce soir-là, et entre 2,7 et 3 milliards sur la journée, dont 1,37 milliard sur Bitcoin et 1,01 milliard sur Ethereum. Binance a encaissé 518 millions de dollars de liquidations, Hyperliquid 513 millions, Bybit 303 millions. Un ordre unique de 48,8 millions de dollars a sauté sur Hyperliquid, d’après notre relevé CoinGlass du soir même. Dans l’historique de Glassnode, qui remonte à 2019, aucune journée n’avait jamais vu autant de shorts liquidés en dollars, un record en bonne et due forme.

6,55 milliards de shorts liquidés, et la suite se joue sur les flux

Le squeeze ne s’est pas arrêté au premier soir. Le 21 août, Bitcoin repasse 77 000 dollars. Le 25, il franchit 80 000 dollars pour la première fois depuis mai, au terme d’une semaine à +23 % (la meilleure depuis 2023), avec encore 240 millions de dollars de shorts grillés en une heure dans la nuit. Sur quatorze jours, le compteur CoinGlass affiche 6,55 milliards de dollars de positions vendeuses liquidées, contre 3,16 milliards de positions acheteuses. Trois milliards de longs pulvérisés pendant un rallye de 24 %, cela veut dire que les acheteurs tardifs, entrés avec du levier au-dessus de 78 000 dollars, ont eux aussi servi de carburant à chaque repli.

DateÉvénementLiquidations
19-20 aoûtTrésor US double ses rachats, réunion Maison Blanche, Bitcoin passe 72 000 $2,7 à 3 Md$ (plus de 90 % de shorts)
21 aoûtBitcoin passe 77 000 $1,4 Md$
25 aoûtBitcoin passe 80 000 $240 M$ en une heure
17-30 aoûtTotal sur deux semaines9,71 Md$ (6,55 shorts / 3,16 longs)
Source : CoinGlass, relayé par AMBCrypto, 30 août 2026

Les liquidations racontent une chose, les flux en racontent une autre. Pendant que les shorts brûlaient, les ETF Bitcoin au comptant ont collecté 3,04 milliards de dollars entre le 17 et le 27 août, neuf séances de suite dans le vert. Et puis la série s’est arrêtée. Le 28 août, les données de SoSoValue enregistrent 201,9 millions de dollars de sorties nettes, avec l’ARKB d’ARK Invest en tête des retraits. Bitcoin a fini la journée vers 78 000 dollars. Rien de dramatique, mais le rallye a perdu son moteur de secours au moment précis où le moteur principal (les shorts à racheter) était déjà à sec.

Un reset pour Bitcoin, ou un simple changement de camp ?

Un reset, en jargon de marché, c’est le moment où le levier excédentaire disparaît et où le cours repart de zéro, sans dette cachée dans les carnets. Sur ce point, le travail est fait. Les positions vendeuses accumulées au fil de l’été ont été rincées jusqu’à la dernière goutte. Mais un reset ne dit rien de la direction suivante. Il change les joueurs autour de la table. Les cartes, elles, restent les mêmes.

Or les nouveaux joueurs ont déjà les mains pleines. Les détenteurs de long terme recommencent à distribuer, avec une moyenne de 21 000 BTC vendus par mois, et les détenteurs de court terme ont expédié en masse des coins en profit vers les plateformes d’échange le 20 août, en pleine euphorie. Chez CryptoQuant, le Bull Score est passé de 30 à 80 en une semaine, et la maison tient le cycle baissier pour terminé, à condition que Bitcoin clôture au-dessus de sa moyenne mobile à 365 jours, aux alentours de 83 000 dollars. Il en est encore à 5 % de distance. Et à 37 % de son sommet historique de 126 000 dollars d’octobre 2025.

Les ours ont payé 6,55 milliards de dollars pour apprendre qu’on ne vend pas à découvert un actif à la veille d’une injection de liquidité du Trésor. Les taureaux, eux, ont laissé 3,16 milliards dans la même quinzaine. La maison, comme toujours, a encaissé les deux.

La suite se jouera chez les acheteurs au comptant, les liquidateurs ayant fini leur travail. Les rachats élargis du Trésor entrent en vigueur le 9 septembre, historiquement le mois le plus faible de l’année pour Bitcoin (même si 2023, 2024 et 2025 ont cassé la série). Les ETF Bitcoin, eux, malgré leur meilleure série de l’année, affichaient encore fin août entre 2,5 et 3 milliards de dollars de sorties nettes depuis le 1er janvier.

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ETH : anatomie d’une raréfaction

Par : Cara
30 août 2026 à 20:00

Rareté partout, liquidité nulle part. Depuis le rebond d’août, un graphique tourne en boucle sur les fils crypto : celui des réserves d’ETH sur les exchanges, qui n’en finissent plus de fondre pendant que le prix repart. L’argument du « supply shock » est de retour, avec son cortège de raccourcis. Sauf que les chiffres racontent une histoire plus nuancée, et surtout plus intéressante, que le récit d’un flottant en train de disparaître. Réserves d’exchange, 42 millions d’ETH en staking, files d’attente du validator set, ETF et trésoreries d’entreprise : voici ce que les données permettent d’affirmer, et où elles s’arrêtent. Données arrêtées au 27 août 2026.

Cet article vous est proposé par Cara, trader et analyste de Steady Lads, l’offre premium du Journal du Coin. Il s’agit d’une analyse à visée éducative, qui ne constitue ni un conseil en investissement ni une recommandation d’achat ou de vente.

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Réserves d’ETH sur les exchanges : le point de départ

La réserve d’ETH sur les exchanges centralisés s’établit à 15,01 millions d’ETH selon CryptoQuant, contre environ 15,2 millions un mois plus tôt. Sur la même fenêtre, le prix est passé d’environ 1 900 $ à 2 450-2 500 $, avec une séance à +17,5 % le 19 août et un plus haut à 2 546 $.

Le prix monte, le stock disponible à la vente diminue. Voilà la configuration que tout le monde surveille. Et c’est aussi celle qui produit le plus de raccourcis d’analyse.

Pour l’ordre de grandeur, la même série CryptoQuant culminait autour de 28,8 millions d’ETH en 2022, et Glassnode situait le sommet historique vers 35,5 millions en août 2020. Le niveau actuel se trouve environ 77 % sous le pic du cycle précédent.

Graphique CryptoQuant « Ethereum: Exchange Reserve – All Exchanges ». Axe des abscisses de septembre 2023 à mi-2026. Courbe violette : réserves d’ETH sur les exchanges, en baisse d’environ 21,5 millions à 15 millions. Courbe noire : prix en dollars, avec un pic proche de 5 000 $ vers septembre 2025, un cercle vers 3 000 $ début 2026, et une dernière lecture à 2 400 $. Filigrane CryptoQuant.
Réserves d’ether sur l’ensemble des plateformes d’échange (courbe violette, échelle de gauche) et cours de l’ETH (courbe noire, échelle de droite), septembre 2023 / août 2026- Source : CryptoQuant.

Ce que mesure vraiment une « réserve d’exchange »

Une précaution vaut pour toutes les métriques de ce type : les chiffres divergent nettement d’un fournisseur à l’autre.

  • CryptoQuant : environ 15,0 M ETH, au 27 août 2026
  • Glassnode : environ 13,3 M ETH, en novembre 2025
  • Santiment : environ 6,54 M ETH, au 18 août 2026

Ces écarts n’ont rien d’erreurs de mesure. Ils tiennent à des périmètres d’adresses différents, au nombre de plateformes couvertes, au traitement des wallets de custody institutionnelle, des adresses de règlement, des cold wallets attribués ou non à un exchange. Un même fournisseur publie d’ailleurs parfois plusieurs séries incompatibles entre elles selon la définition retenue. Comparer les fournisseurs entre eux relève un peu du sport de combat.

En pratique, le niveau absolu compte moins que la pente. Et sur ce point, les trois sources convergent. Santiment mesure un passage de 7,70 M ETH le 2 juin à 6,54 M le 18 août, soit 15 % de flottant échangeable en moins en dix semaines. Sur la fenêtre du 28 juillet au 18 août, les réserves d’ETH reculent de 2,2 % quand celles de Bitcoin progressent de 1,8 %. Le phénomène touche donc spécifiquement ETH, pas l’ensemble du marché.

Le point d’inflexion est identifiable : juillet 2025, moment où les trésoreries d’entreprise sont passées de l’expérimentation à l’accumulation systématique.

Où est passé cet ETH ?

La réponse tient dans le staking. Au 27 août 2026, 42 402 453 ETH sont stakés, soit 34,77 % de l’offre en circulation, répartis sur 903 269 validateurs actifs (source : validatorqueue.com / beaconcha.in). Un record absolu.

D’ailleurs, la progression a été rapide. 29,44 % de l’offre au 1er septembre 2025, 29,3 % au 1er janvier 2026, 33,86 % au 1er août, 34,77 % aujourd’hui. Près de sept millions d’ETH supplémentaires ont rejoint le validator set en douze mois.

Le tout pendant que le rendement se comprime. L’APR est à 2,70 %, contre 5,06 % au pic de juin 2023. Le capital entre malgré la baisse du rendement, ce qui trahit un profil d’acheteur différent de celui de 2023 : moins sensible au yield nominal, davantage orienté exposition longue. Un pari de conviction plus qu’un pari de rendement.

Graphique CryptoQuant intitulé « Ethereum: Exchange Reserve – All Exchanges ». Abscisse : septembre 2023 à août 2026. Courbe violette : réserves d’ETH sur les exchanges, en baisse d’environ 21,5 millions à 15 millions. Courbe noire : prix USD, pic vers 5 000 $ vers septembre 2025, dernière lecture indiquée à 2 400 $. Filigrane et copyright CryptoQuant.
– Réserves d’ether déposées sur l’ensemble des plateformes d’échange (courbe violette, échelle de gauche) et cours de l’ETH en dollars (courbe noire, échelle de droite), de septembre 2023 à août 2026. Source : validatorqueue.com / beaconcha.in.
Dimanche 6 septembre à 20h, le trader pro de Steady Lads décrypte le marché en direct. Au programme : une Master Class sur la lecture des graphiques, une analyse technique des principaux actifs et une séance de questions ouvertes avec celui qui pilote le portefeuille. Accès libre, dans la limite de 500 inscrits.
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Un détail passe souvent inaperçu. Le nombre de validateurs actifs a chuté de 1 072 155 en septembre 2025 à 885 902 début juillet 2026, alors que l’ETH staké progressait sans interruption. L’explication tient à l’EIP-7251, introduite avec Pectra, qui autorise un validateur à porter jusqu’à 2 048 ETH au lieu de 32. Les opérateurs institutionnels consolident leurs positions dans un nombre réduit de clés. Du coup, le compteur de validateurs a cessé d’être un bon indicateur de participation, et une partie des sorties observées ces derniers mois relève de la consolidation technique plutôt que d’un désengagement.

Graphique sombre titré « ETH staké contre nombre de validateurs actifs », sous-titré « L’effet de la consolidation post-Pectra : moins de validateurs, davantage d’ETH · juin 2024 – août 2026 ». Courbe verte croissante de ~32 à 42,40 millions d’ETH stakés. Courbe blanche des validateurs actifs, sommet annoté à 1,07 million en septembre 2025, bas annoté à 886 000 en juillet 2026, autour de 900 000 en août 2026. Un point bleu marque le croisement des deux séries vers début 2026. Source en bas : validatorqueue.com / beaconcha.in.
Ether mis en staking (aire et courbe vertes, échelle de gauche) et nombre de validateurs actifs (courbe blanche, échelle de droite), mai 2024 – août 2026. Source : validatorqueue.com / beaconcha.in.

File d’attente du staking Ethereum : 2,17 millions d’ETH bloqués à l’entrée

C’est ici que la donnée devient exploitable. Le protocole limite le volume d’ETH pouvant entrer ou sortir du validator set par epoch. Cette limite, appelée churn, est actuellement de 256 ETH par epoch, soit environ 57 600 ETH par jour. Tout ce qui dépasse fait la queue.

  • File d’entrée : 2 170 352 ETH, délai estimé de 37 jours et 16 heures
  • File de sortie : 20 737 ETH, délai estimé de 8 heures 38, plus 7,8 jours de sweep delay

Le ratio est de l’ordre de 105 pour 1 en faveur des entrées.

Environ 2,17 millions d’ETH, soit à peu près 5,3 milliards de dollars au cours actuel, sont déjà engagés et quitteront le flottant dans les cinq semaines qui viennent, quelle que soit l’évolution du prix. Ce capital ne peut pas se raviser.

Encore faut-il replacer ce chiffre dans son historique, sans quoi un état conjoncturel se transforme en propriété structurelle.

Graphique sombre « Files d’attente du validator set Ethereum ». Axe vertical : ETH en file, de 0 à 4 millions. Courbe bleue : file d’entrée (staking). Courbe rouge : file de sortie (unstaking). Annotations : pic de sortie 2,67 M ETH le 13 sept. 2025 (46 j) ; pic d’entrée 4,11 M ETH le 12 fév. 2026 (71 j) ; lecture du 27 août 2026 à 2,17 M / 20,7 k ETH. Abscisse de juillet 2023 à août 2026. Source : validatorqueue.com / beaconcha.in.
Files d’attente du validator set Ethereum : ether en attente d’activation (staking, courbe bleue) et d’unstaking (courbe rouge), données quotidiennes de mai 2023 à août 2026. Source : validatorqueue.com / beaconcha.in.

Le 13 septembre 2025, c’est la file de sortie qui culminait à 2 673 349 ETH, avec 46 jours d’attente, pendant que la file d’entrée était marginale. Exactement l’inverse d’aujourd’hui. Le 12 février 2026, la file d’entrée atteignait son propre record à 4 112 458 ETH, soit 71 jours d’attente. Le 1er août 2026, la file de sortie tombait à zéro pour la première fois depuis des mois.

Ces deux files se sont donc inversées complètement à deux reprises en moins d’un an. Chaque camp a eu son heure de gloire, à quelques mois d’écart. Le déséquilibre actuel ressemble à un instantané de sentiment, et rien dans le protocole n’en fait une caractéristique permanente du réseau.

Un point passe sous les radars de la lecture haussière du moment. La file d’entrée décroît sans discontinuer depuis février : elle est passée de 4,11 millions d’ETH à 2,17 millions, une contraction de 47 % en six mois. Les dépôts quotidiens tournent autour de 25 000 à 30 000 ETH, nettement en dessous du plafond de churn à 57 600 ETH par jour. La demande de staking reste largement positive, mais elle ralentit. Si la tendance se poursuit, l’attente de 37 jours devrait continuer à se compresser.

Qui achète l’ETH ? ETF, BitMine et Sharplink absorbent le flottant

Trois catégories d’acheteurs absorbent le flottant en parallèle : les ETF spot américains, les trésoreries d’entreprise et le reste du marché.

Les ETF affichent un encours d’environ 14,3 milliards de dollars, soit 4,85 % de la capitalisation d’ETH, pour un cumul net de collecte de l’ordre de 12,15 milliards depuis le lancement. La semaine du 17 au 21 août a enregistré 697 millions de dollars de collecte nette, la meilleure de 2026, dont 537 millions pour le seul ETHA de BlackRock, qui détient environ 3,08 millions d’ETH.

Le changement de régime de 2026 tient à l’autorisation du staking dans ces véhicules. Grayscale a été le premier à distribuer des récompenses via ETHE le 5 janvier 2026, BlackRock a lancé ETHB le 12 mars, et ces produits stakent entre 70 et 95 % de leurs avoirs. Un ETF n’est plus un simple entrepôt passif. Il est devenu un déposant net dans la file d’entrée du validator set. Chaque dollar collecté verrouille l’ETH deux fois.

Côté trésoreries d’entreprise, BitMine détient 5 847 611 ETH au 24 août 2026, soit environ 4,8 % de l’offre totale, dont 5 067 309 ETH stakés (87 % de sa position). L’objectif affiché est de 5 % de l’offre, il manque à peu près 150 000 à 190 000 ETH. Sharplink détient de son côté environ 889 000 ETH, stakés à près de 100 %, avec 39 319 ETH supplémentaires placés en staking récemment.

À elles deux, ces sociétés immobilisent près de 6,7 millions d’ETH, dont environ 5,95 millions dans le validator set.

Reste le reste du marché, justement. Une part significative de la baisse des réserves correspond à des transferts vers du self-custody et des solutions de garde institutionnelle. Cette part pèse plus lourd qu’il n’y paraît, au point de mériter une section entière plus bas.

Barre horizontale empilée titrée « Décomposition de l’offre d’ETH au 27 août 2026 ». Offre totale 121,97 millions d’ETH. Segment violet 34,8 % (42,40 M ETH stakés) ; segment ocre 12,3 % (15,01 M ETH sur les exchanges) ; segment gris 52,9 % (64,56 M ETH hors exchanges, non stakés). Échelle de 0 à 120 millions. Note de bas de graphique sur les sources et les écarts de périmètre.
Répartition de l’offre d’ether au 27 août 2026 (total : 121,97 millions d’ETH). En violet, 42,40 millions stakés dans le validator set (34,8 %) ; en ocre, 15,01 millions détenus sur les exchanges (12,3 %) ; en gris, 64,56 millions hors exchanges et non stakés (52,9 %). Sources : validatorqueue.com, CryptoQuant.

Ce que la thèse « supply shock » laisse de côté

Cinq réserves méritent d’être posées, faute de quoi cette note ressemblerait à un argumentaire commercial. La dernière est suffisamment lourde pour avoir droit à sa propre section.

Premier point, et le plus simple à vérifier : l’offre d’ETH n’est pas déflationniste. Depuis Dencun, l’émission tourne autour de 1 700 à 1 800 ETH par jour, le burn est descendu à 50-70 ETH par jour certaines périodes, et l’inflation nette annualisée oscille entre 0,2 % et 0,8 % selon la fenêtre observée. L’offre totale est même repassée au-dessus de son niveau du Merge, à 121,97 millions d’ETH. La distinction avec une contraction du stock compte. Un flottant peut se reconstituer en quelques semaines si les détenteurs changent d’avis. Un stock brûlé ne revient jamais.

Deuxième problème, la concentration est le revers de la thèse. BitMine détient à lui seul près de 4,8 % de l’offre, stakée à 87 %. Une file de sortie à 20 000 ETH rassure tant qu’aucun acteur de cette taille ne décide de sortir. Le mécanisme de churn qui protège aujourd’hui la rareté produirait, en cas de retournement, un embouteillage de plusieurs semaines pendant lequel personne ne vendrait au prix affiché. Septembre 2025 en a donné la démonstration grandeur nature.

Troisième angle mort, plus subtil : le rendement rend le staking réflexif. 2,70 % d’APR, ce sont exactement les niveaux qui avaient accompagné la contraction du validator set jusqu’au printemps 2026. Qu’un rendement alternatif, on-chain ou sans risque, remonte nettement au-dessus, et la rotation peut aller vite. La file d’entrée se viderait avant même que la file de sortie ne se remplisse. L’indicateur ne préviendrait qu’avec retard.

Quatrième point, il saute aux yeux dès qu’on regarde le carnet d’ordres. Un carnet mince coupe dans les deux sens. Une profondeur réduite amplifie les mouvements, à la hausse comme à la baisse, sans direction propre. Le 19 août doit d’ailleurs beaucoup à des rachats de positions vendeuses. Dans les 24 heures qui ont suivi, les puts représentaient 56 % du volume d’options. Un marché qui se couvre juste après une hausse de 30 % n’a rien d’unanimement convaincu.

Cinquième et dernier point, le plus lourd. Une partie de la baisse n’est qu’un changement d’étiquette. Il mérite mieux qu’une ligne, d’où la section qui suit.

L’objection sérieuse : et si les exchanges stakaient simplement l’ETH de leurs clients ?

Sur le papier, l’objection est imparable. C’est la critique la plus solide qu’on puisse adresser à tout ce qui précède, et elle mérite d’être traitée sérieusement plutôt que balayée d’un revers de main.

Le mécanisme, d’abord, est bien réel. CryptoQuant définit l’exchange reserve comme la quantité d’ETH détenue dans les adresses contrôlées par une plateforme, identifiées par un travail de labellisation propriétaire. Quand Binance ou Coinbase stake l’ETH de ses clients, cet ETH quitte une adresse labellisée pour rejoindre le contrat de dépôt de la Beacon Chain, avec des withdrawal credentials (les identifiants de retrait) qui continuent de pointer vers la plateforme. La métrique enregistre une sortie. Le propriétaire économique n’a pas changé. Le dépositaire non plus.

Le staking via plateformes centralisées pèse aujourd’hui autour de 8,5 millions d’ETH, soit environ 20 % du total staké : Binance en tête avec 3,3 à 3,7 millions selon les sources, Coinbase autour de 1,8 à 2,9 millions, Kraken environ 1,35 million. Une partie de la baisse des réserves correspond donc à un simple changement d’étiquette comptable.

Le même raisonnement vaut pour les ETF, dont l’ETH est déposé chez Coinbase Custody, entité labellisée séparément de la plateforme d’échange. Une création de parts fait baisser la réserve sans qu’aucun vendeur ne quitte le marché.

Vient la chronologie, et elle ne colle pas si bien que ça avec l’hypothèse. Si le staking par les plateformes expliquait l’essentiel du mouvement, les deux séries devraient évoluer en miroir. L’écart est même assez frappant.

Graphique sombre titré « Les deux mouvements ne sont pas synchronisés ». Courbe verte ascendante de l’ETH staké, d’environ 34 à plus de 42 millions. Ligne ocre en pointillés des réserves d’exchange, d’environ 20 millions à 15 millions. Deux zones : phase 1 (juillet 2025 – janvier 2026) avec +0,27 M staké et ≈ −3,8 M de réserve ; phase 2 (janvier – août 2026) avec +6,85 M staké et ≈ −1,2 M de réserve. Abscisse de février 2025 à août 2026.
Ether staké (courbe verte, données quotidiennes) et réserves d’ETH sur les exchanges (pointillés ocre, relevés ponctuels), février 2025 – août 2026. Sources : validatorqueue.com / beaconcha.in pour l’ETH staké, relevés CryptoQuant cités dans la presse pour la réserve.
Dimanche 6 septembre à 20h, le trader pro de Steady Lads décrypte le marché en direct. Au programme : une Master Class sur la lecture des graphiques, une analyse technique des principaux actifs et une séance de questions ouvertes avec celui qui pilote le portefeuille. Accès libre, dans la limite de 500 inscrits.
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Entre le 1er juillet 2025 et le 1er janvier 2026, l’ETH staké total est passé de 35 287 479 à 35 555 714, une progression de seulement 268 235 ETH sur six mois. Le staking était à l’arrêt. Sur la même période, la réserve d’exchange a chuté d’environ 20 millions à 16,2 millions d’ETH. Le staking, tous opérateurs confondus, explique donc au maximum 7 % de la baisse observée pendant cette phase, et le staking des seules plateformes centralisées bien moins encore.

Entre le 1er janvier et le 27 août 2026, la relation s’inverse. L’ETH staké progresse de 6 846 739 unités pendant que la réserve ne recule que d’environ 1,2 million. La croissance du staking est presque six fois supérieure à la baisse des réserves. Autrement dit, l’essentiel de l’ETH nouvellement staké provenait de wallets déjà hors exchange. BitMine à lui seul stake 5,07 millions d’ETH accumulés pour l’essentiel avant cette période.

La phase où les réserves se sont effondrées est celle où le staking ne bougeait pas. La phase où le staking a explosé est celle où les réserves ont à peine bougé.

En appliquant à la croissance du staking la part de marché des plateformes centralisées, on obtient une fourchette de 0,7 à 1,4 million d’ETH sortis de la réserve sans changer de propriétaire depuis mi-2025, contre une baisse totale de l’ordre de 5 millions. L’hypothèse expliquerait entre 15 % et 30 % du mouvement.

Cette fourchette porte sur l’ensemble de la période depuis mi-2025 et ne contredit pas les 7 % calculés plus haut sur la seule phase 1. La contribution du staking se concentre presque entièrement sur 2026, au moment où la réserve avait déjà fait l’essentiel de sa baisse. Le staking arrive après coup, pas pendant.

Cette estimation reste indirecte. La vérification propre passerait par les séries de staking par entité publiées sur Dune, comparées à la réserve sur les mêmes fenêtres. Ces séries n’ont pas pu être extraites au moment de la rédaction. Autant le signaler ici plutôt que de présenter une estimation proportionnelle comme un chiffre mesuré.

Cet ETH est-il libérable rapidement ?

Trois couches de réponse, et la première invalide en partie la métrique elle-même.

Pour absorber une vague vendeuse, une plateforme n’a besoin de désstaker quoi que ce soit. Une vente sur Binance est une écriture interne au registre : le solde du vendeur est débité, celui de l’acheteur crédité. L’exchange n’a besoin d’ETH on-chain que pour honorer les retraits nets, pas les transactions. La profondeur du carnet vient des market makers et de leurs soldes internes, pas du cold wallet. Ça change la lecture de l’exchange reserve, qui capture une capacité à honorer des retraits, rien de plus.

Côté utilisateur ensuite, le déstaking sur plateforme centralisée ne passe généralement pas par la file de sortie du protocole. wBETH et cbETH sont rachetés en interne contre l’inventaire de la plateforme, ou revendus sur le marché secondaire. La file d’attente n’est jamais sollicitée.

Cette liquidité interne repose enfin sur un buffer fini. Tant que personne ne teste vraiment le système, il tient. Quand il s’épuise, le rachat instantané est suspendu et le token de staking décote. stETH est descendu à 6 % sous sa parité en juin 2022, cbETH a coté autour de 3,6 % de décote en 2023. C’est seulement à ce moment qu’on retombe dans la file de sortie du protocole, qui affiche 8 heures aujourd’hui mais affichait 46 jours le 13 septembre 2025.

L’ETH staké par les plateformes reste donc mobilisable rapidement, selon la propriété habituelle de la liquidité : elle est disponible tant que personne n’en a réellement besoin.

Raréfaction de l’ETH : ce qu’il faut vraiment en retenir

La réserve d’exchange mesure une topologie de custody, pas une intention de vendre. Trois flux la font baisser sans qu’aucun vendeur ne disparaisse du marché : le staking opéré par les plateformes, les créations d’ETF logées chez un custodian labellisé à part, et la migration vers l’OTC et les prime brokers.

Le noyau non contestable de la thèse se réduit aux détenteurs vérifiables, soit 5,85 millions d’ETH chez BitMine et 889 000 chez Sharplink, financés par émission d’actions et documentés dans des dépôts SEC. Ces 6,7 millions d’ETH ont bien changé de mains, et 89 % d’entre eux sont immobilisés dans le validator set.

C’est nettement moins spectaculaire que le récit d’un effondrement du flottant. C’est aussi nettement plus défendable.

Les 6 points à surveiller

Six indicateurs, par ordre d’importance.

  1. Le rythme des dépôts quotidiens comparé au plafond de churn de 57 600 ETH par jour. Il tourne actuellement autour de 25 000 à 30 000 ETH, et la file se vide depuis six mois. Une accélération inverserait la lecture, une poursuite du ralentissement signalerait un essoufflement de la demande de staking.
  2. La file de sortie. Tout franchissement durable de 200 000 à 300 000 ETH change l’équation, d’autant qu’elle peut se remplir beaucoup plus vite qu’elle ne se vide.
  3. Les flux hebdomadaires des ETF, principal moteur du moment, donc principal risque en cas de rupture de la série.
  4. BitMine une fois les 5 % atteints. L’objectif est presque touché, et la société n’a pas communiqué sur son comportement d’achat une fois la cible remplie.
  5. Le staking par entité. Les séries Dune permettraient d’isoler la croissance de l’ETH staké par Binance, Coinbase et Kraken, et de confronter ces chiffres à la réserve sur les mêmes fenêtres plutôt que de s’en tenir à une estimation indirecte.
  6. Les niveaux techniques : 2 500 $ testé et rejeté, 2 356 $ comme premier support, l’EMA 200 jours vers 2 136 $.

ETH : ce que la raréfaction change vraiment pour votre position

La raréfaction du flottant d’ETH est réelle, documentée de façon convergente par plusieurs fournisseurs indépendants. Elle reste plus modeste que ne le suggère la lecture brute de la réserve d’exchange : entre 15 % et 30 % de la baisse relève d’un changement de dépositaire, pas d’un changement de propriétaire. Le noyau vérifiable tient dans les 6,7 millions d’ETH logés chez BitMine et Sharplink et dans les 42,4 millions immobilisés dans le validator set.

Ça n’en fait pas une prévision de prix. Ça établit une condition de sensibilité : pour un flux acheteur donné, le déplacement de prix sera plus important qu’il ne l’aurait été avec un carnet plus profond. La réciproque vaut évidemment côté vendeur, et c’est la partie de la thèse qui disparaît le plus souvent des présentations.

La conclusion opérationnelle porte sur le dimensionnement de la position et la gestion du risque autour d’elle, bien plus que sur la seule décision de détenir de l’ETH. Au 27 août 2026, avec 2,17 millions d’ETH déjà engagés dans la file d’entrée et 20 737 ETH seulement prêts à en sortir, c’est un carnet d’ordres mince qui fixe la règle du jeu, dans un sens comme dans l’autre.

Cet article est une analyse à visée éducative. Il ne constitue ni un conseil en investissement ni une recommandation d’achat ou de vente. Les chiffres cités évoluent en continu.

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HYPE explose : la meilleure cryptomonnaie de 2026 ?

Par : Club 25%
27 août 2026 à 17:00

Vous avez déjà entendu parler de HYPE ? C’est la cryptomonnaie d’Hyperliquid, l’écosystème crypto le plus dynamique des 3 dernières années. Nous pourrions être face à un nouvel élan de croissance, malgré la hausse déjà importante.

Cet article contient des liens d’affiliation qui soutiennent le travail du Journal du Coin.

HYPE décolle et atterrit à 84 $

HYPE a délivré un nouveau record de prix cette semaine, explosant les 77$ pour aller rejoindre les 84$.

Cette accélération fut le fruit de 3 mois de consolidation. Avant de franchir par le Nord, nous sommes allés piéger certains vendeurs.

Graphique du cours de HYPE en unité de temps quotidienne montrant la cassure des anciens sommets après trois mois de consolidation
HYPE franchit ses anciens records après trois mois de consolidation.

S’en est suivie une belle accélération avec actuellement une consolidation juste au-dessus de l’ATH.

Graphique HYPE en unité de temps 4 heures montrant l’accélération du cours après le piège des vendeurs et la consolidation au-dessus de l’ATH
HYPE consolide au-dessus de son ATH après son accélération

… Et on dirait qu’il veut continuer de pousser.

HYPE est la cryptomonnaie n°1 du marché

Fait intéressant : HYPE est la seule cryptomonnaie actuellement à faire un nouveau record de prix.

Voici un ordre d’idée sur d’autres cryptomonnaies : 

  • Bitcoin est à 36,26 % de son ancien record de prix ;
  • Ethereum à -48,37 % ;
  • BNB à -47,84 % ;
  • XRP à −60,27 % ;
  • Solana à −64,12 % ;
  • Dogecoin à −87,75 % ;
  • Cardano à −93,00 % ;


Une hécatombe.

Et si on s’intéresse au temps depuis le dernier ATH : 

  • Bitcoin : 324 jours sans nouvel ATH
  • Ethereum : 367 jours sans nouvel ATH ;
  • BNB : 318 jours sans nouvel ATH ;
  • XRP : 405 jours sans nouvel ATH ;
  • Solana : 585 jours sans nouvel ATH ;
  • Dogecoin : 1 937 jours sans nouvel ATH ;
  • Cardano : 1 820 jours sans nouvel ATH ;

Hyperliquid : moins d’un jour sans nouvel ATH.

Autant vous dire que le fait que HYPE soit la première crypto du marché haussier à décoller est une information qu’il ne faut pas rater.

Le rendement derrière HYPE

Et c’est justement là que HYPE devient intéressant pour nous.

Quand un actif comme HYPE entre dans une phase d’euphorie, le funding rate peut fortement augmenter. Les traders sont alors prêts à payer davantage pour conserver leurs positions longues, ce qui crée une source de rendement particulièrement intéressante à exploiter.

Nous pouvons alors faire travailler des stablecoins tout en restant neutres sur HYPE.

Et cela tombe bien car nous avons dégoté une opportunité directement liée à HYPE. Et pour faire simple, plus HYPE monte, plus l’opportunité rapporte. Mais répétons-le : on reste non directionnelle. HYPE peut monter ou descendre, cela fera varier le rendement, qui ne peut pas être négatif.

Vous la trouverez sur Liminal au doux nom de xHYPE.

L’idée est très simple : vous déposez vos stablecoins sur Liminal et la stratégie fait le reste. Elle prend automatiquement des HYPE en spot et une position short sur Hyperliquid, ce qui permet de percevoir le funding rate sans dépendre de la direction prise par HYPE.

Et comme vous pouvez le voir, l’explosion de HYPE a clairement fait grimper le rendement sur xHYPE :

Rendement des stablecoins sur la stratégie xHYPE affiché sur Liminal.
La stratégie xHYPE que nous exploitons au sein du Club 25 % génère actuellement 20,2 % d’APY sur les stablecoins.

xHYPE affiche actuellement 20,2 % d’APY, contre une moyenne de 8,6 % sur les 90 derniers jours.

Le pari du Club 25% est que le rendement de xHYPE restera supérieur à 20 % tant que HYPE restera haussier ou évoluera autour de ses records de prix.

C’est exactement le type d’opportunité que nous recherchons : faire travailler un capital en stablecoins sans dépendre de la hausse ou de la baisse du marché.

Cette approche est appliquée publiquement sur un portefeuille de 100 000 $. Le capital est placé sur des stratégies qui permettent de générer des rendements à deux chiffres sans dépendre de la direction du marché. Chaque opportunité retenue est ensuite décortiquée et expliquée aux membres, avec les tutoriels nécessaires pour la mettre en place.

xHYPE en est un bon exemple.

👉 Découvrir les opportunités DeFi du Club 25%

Après trois mois de consolidation, HYPE vient enfin de franchir ses anciens records. Les prochains jours permettront de voir si le marché valide cette sortie par une nouvelle phase d’expansion. De notre côté, nous continuerons à surveiller les opportunités de rendement que cette nouvelle phase pourrait faire émerger au sein du Club 25 %.

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Opération Lighthouse : 14 000 pistes livrées aux enquêteurs contre les réseaux pédocriminels

Par : Magali
25 août 2026 à 17:00

Le pire du dark web, tracé transaction par transaction. Chainalysis a coordonné avec Binance, Coinbase et une dizaine de services de police internationaux une opération baptisée Operation Lighthouse, dirigée contre les réseaux qui monnayent des contenus pédocriminels en cryptomonnaies. Plus de 14 000 pistes d’enquête ont été remises aux forces de l’ordre.

Derrière le sigle CSAM (child sexual abuse material, contenus d’abus sexuels sur mineurs) se cachent des boutiques hébergées sur des réseaux anonymisés, qui facturent l’accès à leurs archives en bitcoin, en monero ou en stablecoins. Le maillon faible de ce commerce, c’est le paiement lui-même.

Points clés

  • Chainalysis a réuni Binance, Coinbase, Block et quatre agences de police (Europol, Australie, Canada, Royaume-Uni) pour traquer des réseaux pédocriminels dans 125 pays.
  • Cette collaboration a débouché sur plus de 14 000 pistes exploitables, tirées de l’examen de dizaines de milliers d’adresses crypto et de plus d’une centaine de forums clandestins.
  • Un précédent existe déjà sur les arnaques : en 2024, une opération similaire visant l’approval phishing avait généré 7 000 pistes pour 162 millions de dollars de pertes repérées.
  • La preuve par l’exemple remonte à 2019, avec Welcome To Video : le traçage de paiements en bitcoin avait alors permis 337 interpellations et le sauvetage de 23 mineurs.
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29 000 adresses crypto passées au crible

L’opération s’est installée dans les locaux new-yorkais du National Cyber-Forensics and Training Alliance. Chainalysis y a coordonné Europol, la police fédérale australienne, la Gendarmerie royale du Canada, le National Crime Agency britannique et des entreprises comme Binance, Coinbase et Block.

Résultat des courses :

  • 29 000 adresses et identifiants numériques passés au crible,
  • plus de 100 forums et places de marché visés,
  • des suspects localisés dans 125 pays (dont certains étaient déjà fichés comme délinquants sexuels).

« Les criminels exploitent les services financiers, les moyens de paiement, les réseaux sociaux et les plateformes internet pour commettre ou faciliter ces crimes (…) Il est donc essentiel que ces secteurs unissent leurs forces pour prévenir et combattre les abus sexuels en ligne sur mineurs, et pour identifier ceux qui les commettent, les permettent ou les facilitent. »

Danny van Althuis, responsable d’équipe à EuropolSource : Chainalysis

Tweet officiel de Chainalysis annonçant l’Operation Lighthouse, qui a généré 14 300 pistes d’enquête contre des réseaux pédocriminels payés en crypto.

« Chainalysis a lancé l’opération Lighthouse, une initiative inédite menée conjointement par les forces de l’ordre et le secteur privé pour démanteler les réseaux de pédopornographie utilisant les cryptomonnaies. Cette opération, qui s’est déroulée sur plusieurs jours, a permis de générer 14 300 pistes d’enquête, de découvrir plus de 7 700 comptes suspects et d’identifier des personnes impliquées dans des activités pédopornographiques dans 125 pays. »

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Un format déjà rodé sur les arnaques crypto

Chainalysis avait déjà testé ce type de collaboration en 2024 avec Operation Spincaster, qui réunissait des enquêteurs de six pays et une douzaine d’entreprises crypto pour cibler l’approval phishing. C’est une arnaque qui pousse la victime à signer une autorisation de dépense sur son wallet.

Dans les détails, des analystes remontent les flux avec le logiciel Reactor, les plateformes confrontent en direct les adresses obtenues à leurs bases de clients vérifiés, et chaque correspondance devient une piste exploitable. Spincaster avait produit 7 000 pistes pour 162 millions de dollars de pertes identifiées. L’Opération Lighthouse applique la même mécanique à un objet autrement plus sombre et double le compteur.

Retenons toutefois, qu’une piste n’est pas une arrestation. C’est une adresse rattachée à un compte identifié, avec un historique de paiements horodatés : un dossier prêt à atterrir sur le bureau d’un procureur. La transformation en poursuites dépend ensuite des juridictions nationales, de la prescription et des éléments complémentaires réunis hors chaîne.

Les cryptomonnaies, les meilleurs balances face aux criminels

La démonstration date de 2019, avec le démantèlement de Welcome To Video, la plus grande place de marché pédocriminelle du dark web à l’époque. Le site, opéré depuis la Corée du Sud, facturait ses téléchargements en bitcoin. En remontant les paiements, les enquêteurs américains, britanniques et sud-coréens ont abouti à 337 interpellations dans 38 pays et au sauvetage de 23 mineurs, selon le ministère américain de la Justice.

« Grâce au traçage sophistiqué des transactions en bitcoin, les agents spéciaux de l’IRS-CI ont pu déterminer l’emplacement du serveur du dark web, identifier l’administrateur du site et finalement localiser physiquement le serveur en Corée du Sud. »

Don Fort, alors chef de la division des enquêtes criminelles de l’IRS (IRS-CI)

Depuis, les vendeurs ont adapté leurs méthodes : montants fractionnés, passage par des mixers, bascule vers des cryptomonnaies à confidentialité renforcée comme monero. Aucune de ces parades ne règle le problème de fond. À un moment ou à un autre, il faut convertir les fonds en monnaie fiduciaire, et ce point de sortie reste, dans l’immense majorité des cas, une plateforme d’échange soumise à des obligations de vérification d’identité.

Binance et Coinbase, du KYC au dossier judiciaire

La présence des deux plus grandes plateformes mondiales dans Lighthouse pèse lourd.

Binance a bâti depuis 2021 une équipe d’investigation composée d’anciens agents fédéraux américains, notamment issus de l’IRS-CI et du FBI. « La transparence inhérente à la blockchain rend difficile pour les criminels de se cacher longtemps tout en exploitant leurs victimes », a résumé Gavin Sather, responsable du programme anti-exploitation sexuelle des mineurs chez Binance. Coinbase, de son côté, publie régulièrement le décompte de ses demandes judiciaires reçues.

Une adresse pseudonyme devient ainsi un nom, une adresse IP et un relevé complet, ce qu’aucune enquête sur des paiements en espèces ne peut égaler. Les paiements effectués il y a huit ans restent lisibles aujourd’hui, sans qu’aucun intermédiaire n’ait eu à en conserver la trace exprès. Des affaires classées faute d’éléments peuvent ainsi être rouvertes, et les 14 000 pistes de Lighthouse rejoindront une base qui, elle, ne s’efface pas.

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Ils croyaient parler à Apple : 195 000 $ en cryptos évaporés à Singapour

25 août 2026 à 06:00

Une fenêtre surgissante, un appel, et le wallet se vide. La Singapore Police Force a diffusé une alerte publique visant une arnaque qui usurpe l’identité d’Apple pour siphonner des cryptomonnaies. Au moins cinq victimes recensées, plus de 195 000 dollars singapouriens partis en fumée (près de 130 000 euros), et un mode opératoire qui ne réclame aucune prouesse technique : une notification bien placée, une voix rassurante au téléphone, un code à six chiffres arraché au bon moment.

Le communiqué de la police singapourienne cite deux noms de domaine employés par les escrocs, « chat-apple.com » et « case-apple.com », ainsi qu’un indicatif téléphonique récurrent : « +1 », celui de l’Amérique du Nord.

Points clés

  • Au moins cinq victimes à Singapour et plus de 195 000 dollars singapouriens en cryptos dérobés via une usurpation du support Apple
  • Le scénario combine fausse notification de sécurité, appel depuis un indicatif « +1 » et faux sites « chat-apple.com » et « case-apple.com »
  • L’Apple ID compromis donne accès au trousseau iCloud et aux notes, où beaucoup stockent imprudemment leur seed phrase
  • Passkeys, liste blanche d’adresses de retrait et stockage hors ligne des clés coupent la chaîne avant le virement
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Une notification, un appel et la mécanique se referme

Tout démarre par une alerte inattendue sur l’appareil Apple de la victime : des tentatives d’accès non autorisées auraient visé son compte, il faut changer le mot de passe de son Apple ID sans tarder. Quelques instants plus tard, le téléphone sonne. Au bout du fil, un prétendu technicien du support Apple confirme la mauvaise nouvelle et prend les commandes de la conversation.

La victime est alors dirigée vers l’un des faux sites d’assistance, où on lui demande ses identifiants Apple, ceux de son compte crypto, puis les fameux OTP (One-Time Passwords, ces codes à usage unique censés valider chaque opération sensible). Avec ce trousseau complet, les escrocs se connectent aux comptes de trading ou aux wallets liés et transfèrent les fonds en quelques minutes. La plupart des victimes n’ont compris ce qui venait de se passer qu’en découvrant l’historique des transactions sortantes.

Le détail de l’indicatif « +1 » n’est pas anodin. À Singapour, tous les appels entrants depuis l’étranger sont signalés par un « + » affiché devant le numéro, une mesure imposée aux opérateurs précisément pour désamorcer ce type d’usurpation. Un garde-fou qui pèse peu quand l’écran vient d’afficher une alerte de sécurité et que l’interlocuteur parle le langage du support technique.

« Apple ne vous demandera jamais de communiquer votre mot de passe Apple ID, vos codes à usage unique ou tout autre identifiant de connexion via des appels téléphoniques non sollicités, des fenêtres surgissantes ou des liens. Ne divulguez jamais ces informations à quiconque. »

Département des affaires publiques, Singapore Police Force – Source

L’Apple ID, ce passe-partout que les escrocs convoitent

Aucune ligne de code de la blockchain n’a été forcée dans cette affaire. Les attaquants visent l’échelon d’avant : le compte utilisateur et son propriétaire. Un Apple ID compromis ouvre l’accès au trousseau iCloud, aux notes synchronisées et à la photothèque. Or c’est exactement là que beaucoup d’investisseurs rangent, par confort, une capture d’écran de leur seed phrase ou une note contenant leurs douze mots. Une fois l’identifiant Apple tombé, le wallet suit sans résistance.

Reste la couche OTP, dernier verrou avant le retrait. Elle ne cède pas à une attaque informatique, mais à une conversation téléphonique bien menée : la victime dicte elle-même le code qui autorise le virement. Et contrairement à une fraude à la carte bancaire, aucune procédure de rétrofacturation ne viendra rattraper l’erreur. Un transfert confirmé on-chain est définitif, ce qui fait de ces comptes une cible autrement plus rentable qu’un compte courant.

Singapour n’en est pas à sa première alerte. La cité-État avait recensé plus de 51 000 cas d’escroquerie sur la seule année 2024, pour environ 1,1 milliard de dollars singapouriens dérobés, un record. Le Parlement y a répondu avec le Protection from Scams Act, qui autorise la police à geler temporairement les opérations bancaires d’une personne jugée sous emprise. Un outil efficace face à un virement bancaire, nettement moins face à un retrait crypto exécuté depuis une plateforme domiciliée à l’autre bout du monde.

ADD, CHECK, TELL : Les recommandations de la police

La police singapourienne décline ses recommandations en trois temps, résumés par l’acronyme ACT :

  • ADD : installer l’application gouvernementale ScamShield pour bloquer les appels frauduleux, activer l’authentification à deux facteurs sur l’Apple ID et sur tous les comptes crypto, plafonner les montants de transaction quand l’option existe.
  • CHECK : vérifier la légitimité de tout appel, fenêtre surgissante ou lien auprès des canaux officiels d’Apple, et contrôler l’activité de son wallet via l’application du prestataire, jamais via un lien reçu.
  • TELL : prévenir son fournisseur de services crypto, ses proches et la police, via la ligne 1800-255-0000 ou le portail iWitness.

Quelques réglages supplémentaires ferment la porte encore plus tôt. Remplacer l’OTP par SMS par une clé d’accès (passkey) ou une clé de sécurité physique retire aux escrocs l’objet même de leur appel, puisqu’il n’y a plus de code à dicter. Activer la liste blanche d’adresses de retrait sur son exchange, avec le délai de carence de 24 à 48 heures appliqué après tout ajout ou toute connexion depuis un nouvel appareil, laisse le temps de réagir. Et une seed phrase n’a rien à faire dans un cloud, une note ou une photo : sa place reste un support hors ligne, idéalement un hardware wallet.

Un point de repère suffit souvent à tout arrêter : l’assistance Apple ne vit que sur apple.com et support.apple.com, et elle n’appelle jamais la première pour réclamer un identifiant. « chat-apple.com » et « case-apple.com » n’ont jamais appartenu à la firme de Cupertino. En cas de doute, la ligne ScamShield 1799 répond 24 heures sur 24, et le portail scamshield.gov.sg recense les variantes en circulation.

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L’article Ils croyaient parler à Apple : 195 000 $ en cryptos évaporés à Singapour est apparu en premier sur Journal du Coin.

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XRP, Stellar, Algorand : Ces cryptomonnaies sont-elles vraiment adoptées par des États ?

Par : Magali
21 août 2026 à 16:54

Beaucoup de bruit pour rien. Un thread publié sur X par un analyste pro-XRP a fait le tour de la crypto cette semaine. Il listait huit cryptomonnaies utilisées par des gouvernements pour leurs infrastructures numériques. Repris en boucle, le récit impressionne. Sauf qu’à y regarder de plus près, la réalité derrière chaque exemple tient rarement la promesse du titre, et qu’un vrai précédent d’adoption étatique existe déjà.

Les points clés de cet article :

  • Un thread viral a listé huit cryptomonnaies prétendument adoptées par des gouvernements, mais la réalité de leur adoption étatique est bien plus nuancée.

  • Le Salvador et le Bhoutan ont véritablement adopté le Bitcoin, montrant que même avec une adoption étatique, les contraintes du système financier traditionnel demeurent.


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8 cryptos façon carte du monde

Avant de démonter la liste, autant la poser sur la table telle que l’analyste l’a présentée. Le fil associe chaque crypto à un projet public précis, comme autant de preuves d’un mouvement mondial :

CryptoProjet gouvernemental citéPopulation du pays
XRP (Ripple)Palaos, pilote de stablecoin~18 000 habitants
XLM (Stellar)Ukraine, projet d’e-hryvnia~38 millions
ALGO (Algorand)Îles Marshall, initiative numérique nationale~42 000 habitants
HBAR (Hedera)Australie, Project Acacia (banque centrale)~28 millions
IOTAKenya, douanes et commerce~59 millions
XDCSingapour, documents commerciaux~6 millions
ADA (Cardano)Brésil, modernisation informatique publique~215 millions
QNT (Quant)Royaume-Uni, dépôts tokenisés en livre sterling~70 millions
Source : thread viral repris cette semaine, recoupé avec la couverture presse de chaque pilote et les données démographiques officielles de chaque pays.

Présentée d’un bloc, la carte a de quoi impressionner. Huit continents, huit administrations, un vernis d’adoption mondiale du premier coup d’œil. Sauf qu’agglomérer huit dossiers très différents sous une seule bannière ne les rend pas homogènes. A commencer par la taille des pays concernés.

Deux archipels du Pacifique qui pèsent moins de 60 000 habitants cumulés d’un côté. Des poids lourds comme le Brésil ou le Royaume-Uni de l’autre. Difficile de parler d’une même dynamique d’« adoption à grande échelle » pour des réalités aussi éloignées. Reprenons ces huit dossiers un par un.

Huit cryptos, huit pilotes plus modestes qu’annoncés

XRP

Le XRP de Ripple est associé au pilote de stablecoin des Palaos. Ce dernier a mobilisé 154 fonctionnaires volontaires et trois commerces locaux. Ce n’est donc pas exactement un État qui bascule son économie sur XRP Ledger.

Algorand

Algorand affiche un pilote similaire aux Îles Marshall, une nation de 42 000 habitants. Ce lien remonte en réalité au projet de monnaie légale SOV, lancé sur Algorand en 2018.

Il n’est jamais entré en circulation et officiellement abrogé en août 2025. Le programme réellement actif aujourd’hui aux Marshall est un dispositif de revenu universel versé via le portefeuille Lomalo. Il tourne non pas sur Algorand mais sur Stellar, avec l’obligation numérique USDM1.

Stellar

Stellar justement, était engagé dans le projet ukrainien d’e-hryvnia. Cependant, la Banque nationale d’Ukraine a suspendu ce chantier en octobre 2025, faute de priorité en temps de guerre. Le projet reste au stade de recherche.

HBAR, IOTA, XDC et ADA

Hedera fait mieux avec le Project Acacia de la Reserve Bank of Australia. Huit cas d’usage sur vingt testés ont débouché sur 4,4 millions de dollars de MNBC de gros émis. C’est un montant loin des ambitions affichées par le récit viral.

IOTA (douanes kényanes), XDC (documents commerciaux à Singapour) et Cardano (modernisation informatique brésilienne) n’ont, eux, produit à ce jour aucun chiffre public comparable.

Quant

Quant fait figure d’exception dans cette liste. En effet, l’entreprise fournit l’infrastructure technique du projet britannique de dépôts tokenisés en livre sterling, mené avec HSBC et Barclays sous l’égide d’UK Finance. Un vrai contrat avec de vraies banques, certes. Mais, c’est un contrat d’infrastructure signé avec des établissements privés, pas une décision de la Banque d’Angleterre d’adopter le jeton QNT.

Alors pourquoi est-ce si timide ? L’adoption de ces infrastructures suppose une décision politique assumée. Un État qui impose ou encourage officiellement l’usage d’un actif, qui l’inscrit dans son budget ou sa réserve, qui en fait un choix de politique monétaire durable. Un test mené par une poignée de fonctionnaires volontaires, ou une compatibilité technique de messagerie choisie par une entreprise privée, ne coche aucune de ces cases. C’est la confusion, volontaire ou non, que ce thread viral entretient.

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Bitcoin, lui, a vraiment été adopté par un État

Il existe pourtant un vrai précédent d’utilisation étatique en crypto. Il porte sur le Bitcoin, grand absent de la liste des huit. En 2021, le Salvador en avait fait une monnaie légale à part entière, obligation d’acceptation par les commerces comprise.

Ce statut a été abrogé en février 2025, sous la pression du Fonds monétaire international, dans le cadre d’un accord de 1,4 milliard de dollars qui a aussi plafonné à zéro les nouveaux achats publics de Bitcoin. Le pays continue malgré tout d’afficher environ 7 700 BTC en réserve, soit environ 474 millions de dollars, ce qui en fait le cinquième plus gros détenteur souverain connu au monde.

Le Bhoutan a poussé la logique plus loin encore dans la blockchain. Le royaume himalayen mine du Bitcoin avec son hydroélectricité nationale depuis 2019, un choix de diversification économique assumé via le fonds souverain Druk Holding & Investments. Il a accumulé jusqu’à 13 000 BTC avant d’entamer, depuis 2025, une phase de revente représentant près de 70 % de son stock, pour financer des infrastructures locales.

Ces deux cas dépassent de très loin, en volume et en portée politique, tout ce que montre la liste des huit cryptos « alignées sur les gouvernements ». Et pourtant, même ce précédent le plus abouti a fini par plier face aux contraintes du système financier traditionnel. Difficile, dans ce contexte, de présenter un pilote à 154 personnes comme une preuve d’adoption plus solide que celle du Bitcoin par le Salvador.

L’échéance qui compte vraiment s’appelle ISO 20022

Swift impose une nouvelle norme

Alors pourquoi mettre en avant ces 8 cryptomonnaies plutôt que bitcoin ? Au delà du choix politique, le point commun entre ces huit cryptomonnaies n’est pas un vote de confiance des États, mais une compatibilité technique avec la norme ISO 20022. C’est le format de messagerie financière mondiale. Aucune de ces cryptos n’est officiellement « certifiée » : la norme s’applique aux messages entre institutions, pas aux actifs eux-mêmes.

La vraie échéance, elle, est réelle et déjà en cours. Swift a mis fin le 22 novembre 2025 à la période de coexistence et retiré les messages MT103 et MT202 pour les paiements transfrontaliers. La prochaine étape tombe en novembre 2026. Les adresses postales non structurées seront rejetées, et le relais interbancaire MT101 cédera la place au format pain.001 version 9. C’est cette mécanique bancaire qui pousse Ripple, Quant ou Stellar à se positionner comme passerelles vers ce nouveau langage commun.

La norme ISO 20022 est une norme internationale ouverte relative à l’information financière. Elle fournit des données cohérentes, riches et structurées, utilisables pour tout type de transaction financière

Source : Swift

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Bitcoin, structurellement exclu

Vous avez bien lu. Et, sur le fond, oui, c’est un peu ubuesque. Bitcoin n’est pas juste absent de la liste par oubli : il en est structurellement exclu, parce que son protocole n’a jamais été pensé pour transporter les métadonnées d’un message ISO 20022 (émetteur, bénéficiaire, motif du paiement, référence de facture, tout ce dont une banque a besoin pour router un virement). C’est un système pair-à-pair minimaliste, pas une couche de messagerie bancaire. XRP, Stellar, Algorand et les cinq autres, à l’inverse, ont été conçus ou adaptés dès le départ pour parler le même langage que les rails bancaires existants.

Donc quand un gouvernement ou une banque centrale choisit l’un de ces huit, il ne dit rien de sa confiance dans l’actif en tant que monnaie, ni de sa décentralisation, ni de sa solidité. Il coche une case technique : « ce réseau sait formater une transaction comme le fait déjà SWIFT ».

Et c’est précisément là que ça devient ironique. Le seul cas où un État a réellement adopté une crypto au sens fort, en changeant sa politique monétaire, en cessant de contrôler l’émission, c’est le Bitcoin au Salvador. Et c’est justement parce que Bitcoin refuse de jouer le jeu de la compatibilité bancaire qu’il est absent de la liste. Les huit cryptos mises en avant ne sont pas celles qui ont le mieux convaincu les États de leur valeur, ce sont celles qui se sont le mieux pliées à l’infrastructure que les États et les banques n’ont, eux, jamais quittée. C’est presque l’inverse du récit qu’on nous vend.

L’Europe choisit une tout autre voie avec l’euro numérique

Aucun des huit projets cités ne concerne l’Union européenne. Pendant que XRP et consorts cherchent à se greffer sur les rails bancaires existants, la Banque centrale européenne construit sa propre infrastructure souveraine. 36 prestataires de paiement ont été retenus parmi plus de 50 candidats pour le projet pilote grandeur nature de l’euro numérique, aux côtés de 19 banques centrales nationales. Le lancement est prévu au second semestre 2027, pour une mise en circulation envisagée à partir de 2029.

Un seul acteur français figure sur cette liste de 36, le groupe BPCE. La différence de philosophie saute aux yeux. Là où les Palaos ou les Îles Marshall testent des rails blockchain privés par pragmatisme, faute de moyens pour bâtir leur propre infrastructure, la zone euro choisit de garder la main sur sa monnaie numérique plutôt que de s’appuyer sur un réseau tiers.

Un État qui adopte une infrastructure crypto, est-ce même le but recherché ?

Poser la question à froid a du sens. Le livre blanc que publie Satoshi Nakamoto en 2008 ne rêve pas d’un ministre des Finances qui choisit Bitcoin pour moderniser son administration. Il décrit un système de paiement pair-à-pair fondé sur la preuve cryptographique plutôt que sur la confiance envers un tiers. Et, c’est justement pour se passer des banques et des autorités centrales. Le bloc de genèse de Bitcoin embarque d’ailleurs, en guise de message, une manchette de journal sur un second sauvetage bancaire par l’État britannique.

De ce point de vue, brandir un contrat avec une administration kényane ou une banque centrale australienne comme preuve de succès revient presque à retourner la philosophie d’origine contre elle-même. Et si l’idée n’était jamais que les États choisissent une crypto, mais plutôt qu’ils n’aient plus besoin de le faire ?

Bitcoin n’a pas besoin d’État

Une nuance s’impose, cependant. Tous les cas ne se valent pas. Le Salvador qui fait du Bitcoin une monnaie légale ne « choisit » pas un prestataire. Il renonce à contrôler l’émission de sa propre monnaie au profit d’un réseau qu’aucun État ne dirige. Les huit cas de la liste virale fonctionnent à l’inverse. Une administration confie une brique technique à une entreprise privée qui, elle, contrôle largement son réseau, que ce soit la fondation Algorand, Ripple Labs ou Quant Network. L’État change de fournisseur, pas de logique de confiance. Avec ses défauts, le Bitcoin salvadorien reste le seul exemple de cette semaine à avoir vraiment testé la proposition initiale de Satoshi Nakamoto. Une monnaie que personne ne contrôle, pas même l’État qui l’adopte.

Le vrai récit de cette semaine n’est donc pas celui d’États qui « adoptent » les blockchains XRP, Stellar ou Algorand. C’est celui d’une industrie financière mondiale contrainte de migrer vers un nouveau standard de messagerie. Celui où les petites économies choisissent des raccourcis privés quand les grandes zones monétaires, l’Europe en tête, préfèrent construire leur propre souveraineté numérique. Et, quand un État choisit vraiment d’adopter une crypto, comme le Salvador ou le Bhoutan avec le Bitcoin, l’histoire montre que même ce choix assumé finit par composer avec les réalités du système financier mondial. Le monde est un théâtre.

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